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Regards sur France Culture » LES FORUMS » Conversatoire & Atelier » ''Les maîtres du mystère'' et autres séries de Germaine Beaumont & Pierre Billard

''Les maîtres du mystère'' et autres séries de Germaine Beaumont & Pierre Billard    Page 1 sur 1

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Curly 

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''Les maîtres du mystère'' et autres séries de Germaine Beaumont & Pierre Billard - Mar 03 Mai 2022, 18:30

Regroupement de billets dispersés dans le fil des Nuits de France Culture.

16 mars 2019
Les Maîtres du mystère - La plume empoisonnée (25/11/1958  Chaîne Parisienne)
D'Agatha Christie - Adaptation Hélène Misserly - Interprétation Denise Gence, Madeleine Lambert, André Var, Jean Topart, Laurence Weber, Jean Bolo, Jeanne Dorival, Anne-Marie Duverney, Simone Matil, Geneviève Morel, Gaétan Jor et Pierre Delbon - Réalisation Pierre Billard
Un "Maîtres du mystère" des débuts.
C'est à dire l'époque où l'émission adaptait de nombreux romans policiers, avant de laisser place progressivement à des pièces spécialement écrites pour la radio. Pour être précis, à partir de 1964, il n'y aura plus d'adaptations.
Pierre Billard sur sa méthode de travail  : "On faisait généralement une première lecture vers 1h-1h30 de l'après-midi. On s'installait dans le studio et on lisait le texte de la pièce. Je m'arrangeais pour que ça n'ait pas l'air d'un travail trop rigoureux, trop solennel. Puis on passait à l'enregistrement. La première scène, il était rare qu'on ne la refasse pas une deuxième fois. Mais après, tout s'enchaînait et j'essayais de maintenir le petit sentiment d'urgence et de tension qu'on avait dans le direct. En règle générale, on enregistrait les scènes dans l'ordre chronologique (contrairement à beaucoup de réalisateurs qui jouent à faire du cinéma...). Il y a comme cela une continuité psychologique. Les comédiens vivent l'action en même temps qu'ils la jouent. Après, le prémontage est vite fait. L'émission d'une heure était montée en une heure de temps, alors que la moyenne des montages pour une émission de durée analogue, c'était cinq jours !"
            Extrait de l'ouvrage de Jacques Baudou, Radio Mystères, le théâtre radiophonique policier (Encrage/Ina, 1997)
Jusqu'en 1962 la dramatique était suivie de la chronique cinéma de Roger Régent et d'une autre sur les romans policiers par Germaine Beaumont. Ces chroniques, qui sentent aujourd'hui la naphtaline, avaient tendance à disparaître en fonction de la longueur de la dramatique.
Une partie de l'ouvrage de Jacques Baudou revient sur les réalisations de Pierre Billard.
Voilà une chronologie plus précise des "Maîtres du mystère", sans rentrer dans les détails de l'histoire :
- Octobre 1952-octobre 1953 : "Le jeu du mystère et de l'aventure" (Jean Luc/Billard)
- Octobre 1953-juillet 1957 : "Faits divers" (départ de Jean Luc, arrivée de Pierre Véry)
- Octobre 1957-juillet 1965 : Les Maîtres du mystère (Billard/Beaumont, émission créée suite au départ de Véry)
- Octobre 1965-novembre 1974 : Le "couple" se sépare.
Alternance entre "Mystère mystère" de Billard et "L'heure du mystère" de Beaumont.
Ajoutons "Les mystères de l'été" de Billard, dont on peut aisément deviner la période de diffusion...
L'INA les a massivement mises en vente.
Seules "Les heures du mystère" manquent à l'appel. Il fut un temps, relativement lointain (fin années 80/années 90), où les Nuits en diffusèrent quelques-unes.
"Quelqu'un" de François Billetdoux (Le jeu du mystère et de l'aventure)  a été diffusée dans une nuit rêvée, mais impossible de la retrouver. Elle doit pourtant bien y être encore.
Les Faits divers dans les Nuits : Une preuve d'amour (19-10-1954), Parole d'homme (26-10-1954), Crime hors-concours (22-02-1955), Monsieur bien sous tous rapport (27-07-1954) quatre dramatiques de Boileau-Narcejac, La malédiction des sept félicités (01-11-1955) de Pham Van Ky, Le jeu de la vérité (02-04-1957) d'Hélène Misserly, Le chien des Baskerville (05-07-1955) adapté par Narcejac, Contredanse pour maître-chanteur (16-04-1957) de Ralph Messac et Léo Malet.

Les Maîtres du mystère dans les Nuits : Le meurtre de Roger Akroyd (22-10-1957) descendre sur la page de la nuit rêvée, Sir Arthur mène l'enquête (26-05-1959), Nuit blanche (26-02-1963) de Jean Chatenet, La mariée était en noir (03-06-1958),  On vous attend en bas (24-02-1959) d'après William Irish, Énigme au music-hall (28-05-1963), Coliques de plomb (05-01-1960), Gros plan sur le mort (14-11-1961), Casse pipe à la Nation (28-01-1958) d'après Léo Malet, Le tueur numéro deux (01-07-1958) d'après Mac Orlan, Carambolage (14-04-1959) de Fred Kassak, descendre sur la page de la nuit rêvée, Fumées sans feu (15-11-1960) de Germaine et Jacques Decrest, Une ténébreuse affaire (05-11-1957), les adaptations de "classiques" n'étaient pas nécessairement de grandes réussites, L'inconnu du Nord Express (27-09-1960), Crêpe suzette (01-12-1959) de Fred Kassak, et Le pays sans étoiles (18-10-1960) de Pierre Véry, une première version ayant déjà été enregistrée en 1958 avec Jean Topart à la place de Dominique Paturel.


16 mars 2019
Extrait de l'ouvrage de Jacques Baudou.

''Les maîtres du mystère'' et autres séries de Germaine Beaumont & Pierre Billard Faits_12

L'équipe de Faits divers fait croire au photographe qu'elle est en plein travail.
De gauche à droite : Pierre Billard, Maurice Renault, Germaine Beaumont, Pierre Véry, Jean Luc, et Roger Régent suivi de son fume-cigarette.


11 juin 2019
« L’heure du mystère », l’émission de Germaine Beaumont, diffusée en alternance avec celle de Pierre Billard, « Mystère, Mystère », de 1965 à 1974.
« L’heure du mystère » fonctionnait sur le même principe que la série de Billard, mais bien sûr les réalisateurs et les auteurs étaient différents.
Deux dramatiques de Jacques Fayet, qui en plus d’être auteur et acteur, est le quasi excellent (l’excellence pure étant réservée à Avis critique) créateur des Nuits.
- Une rose thé dans un vase de cristal, du 10-07-1973
- Madame Pauline n’a pas d’épines, du 10-03-1974
Les réalisations sont de Guy Delaunay, mais elles ne se différencient, à l’écoute en tout cas, en rien de celles de Pierre Billard. La sobriété, le minimum d’effets. Et l’unique extrait musical qui sert de lien entre toutes les séquences.
Les acteurs sont tous quasi excellents (désolé, plus, ce n’est pas possible, c’est réservé).
Par contre l’inspiration de Jacques Fayet est plus inégale.
La première histoire, celle d’un roman à succès dont l’histoire ne semble aucunement inventée, repose surtout sur la personnalité du commissaire et de sa femme, leur relation, qui n’est pas sans rappeler celle du couple Maigret. Les autres personnages, peu développés de surcroît, ne servent qu’à faire avancer l’enquête : ils sont purement fonctionnels.
Dans la seconde, c’est l’inverse. Le commissaire, qui porte pourtant le même nom, est renvoyé au second plan, et c’est un vrai festival. Une riche industrielle (Annie Ducaux) décide de prendre une retraite bien méritée, et de revendre toutes ses affaires. Passons sur les détails de l’intrigue, là aussi, ce n’est pas l’essentiel. Les rapports entre les différents serviteurs de la maison et l’insupportable industrielle sont délectables, et là Jacques Fayet a, en 50 mn, exploité avec semi-brio (le brio absolu est aussi réservé) les relations parfois complexes entre les différents personnages. Ce n’est plus à Maigret que l’on pense, mais à certains personnages de Claude Chabrol.
La musique du générique n’est pas celle des « Maîtres du mystère » (utilisée encore pour « Mystère, mystère »), mais une autre, vraisemblablement toujours d’André Popp, avec une présence plus discrète de l’onde Martenot. Pour tout dire, elle est sacrément plus mystérieuse… peut-être aussi parce qu’on la connaît moins.


4 août 2019
Faits divers - une émission de Pierre Véry et Maurice Renault - Réalisations de Pierre Billard - Bruitages Gabriel de Rivage - Assistant Jean Garretto 
L'émission est constituée d'une dramatique, et de différentes rubriques qui vont disparaître au fil des ans. 

Le principe de la dramatique : les auditeurs envoient les faits divers de leur choix. L'auteur a comme contrainte de s'inspirer de l'un d'entre eux pour écrire sa pièce. Il n'en reste parfois que des bribes.
La qualité des acteurs et la sobriété de la réalisation, qui tranche avec les productions de l'époque doivent beaucoup au plaisir pris à l'écoute de cette série. 

Les rubriques : des concours. Un sur la sécurité (Quand sonnera minuit), et, plus récurent, un jeu où les auditeurs doivent inventer un titre original à un fait divers choisi. Les accidents et les meurtres réels servent ouvertement de terrain de jeux (de mots).
Le petit courrier de l'aventure et du mystère : En fait de courrier, il s'agit de deux chroniques, celle de Germaine Beaumont, et celle de Roger Régent. C'est la seule rubrique qui restera dans les premiers temps des Maîtres du mystère. Deux grands numéros, qui font souvent sourire.
Germaine Beaumont nous raconte les derniers "romans qu'elle a lus". Oui, elle raconte au moins la moitié de l'intrigue. Elle ne sait pas s'arrêter. Certains auteurs francophones qu'elle défend vont intégrer l'équipe des Maîtres du mystère. Ex. ici, Maurice-Bernard Endrèbe.
Et le meilleur pour la fin, Roger Régent : dans Faits divers, il parle des "derniers spectacles qu'il a vus". Policiers ou pas, il s'en fiche. Et que les choses soient claires, les films à suspense et les cadavres à la chaîne, il déteste. (cf sa chronique dans "Phare à vendre") D'ailleurs allons plus loin : le cinéma, c'est pas non plus sa tasse de thé. Les films qui l'enthousiasment sont juste "charmants", "plaisants", "bien ficelés". Capable de défendre un réalisateur du calibre de Jack Pinoteau et massacrer un John Ford ou un Hitchcock, Roger Régent passe à côté de tout. Un délice. Sa chronique demeure, involontairement, un numéro impayable. C'est le dernier fait divers de l'émission : l'assassinat du cinéma. 

Quand sonnera minuit (27-11-1956) de Yannick Boisyvon - Avec Marie-Jeanne Gardien (la standardiste), Pierre Blanchard (Pierre Berthier), Lucienne Lemarchand (Louise Berthier), Henri Crémieux (docteur Chauvin) et Arlette Thomas (Thérèse Leblanc)
Dramatique courte (environ une demi-heure). Pierre Blanchard s'autoparodie dans un rôle de pianiste torturé : est-il fou ou simule-t-il ? L'auteur s'est dit inspiré par la lecture d'une biographie de Schumann. Sinon, variation autour du thème mari/femme/amant, sans originalité particulière. 
Roger Régent s'excite sur les demoiselles dénudées du Grand-Guignol. Les deux drames du spectacle lui ont beaucoup plu, d'autant qu'un des deux a été déjà diffusé dans Faits divers, alors...
Les films chroniqués sont tombés dans un oubli plus que relatif.

Phare à cendre (30-04-1957) de Pham Van Ky - Interprétation Henri Guisol (le détective), Marguerite Cassan (Madame Nakamuri) et Pierre Delbon (Kakuso Sato)
Intrigue plus alambiquée. Une jeune japonaise vient se venger de l'assassinat de sa mère, commis il y a tout juste dix ans. Scène de haute tension dans un phare, et retournements de situation hautement rocambolesques, invraisemblables, et à la limite du fantastique. Dans la tradition du Grand Guignol évoqué plus haut.
Diatribe de Roger Régent contre la mode du suspense, dézingage rapide d'Otto Preminger. Mais par ailleurs, la réalisation de Gilles Grangier (Le rouge est mis) est "d'une bonne qualité technique", quoique sans personnalité. Dans l'ensemble "le metteur en scène ne mérite aucun blâme..." Ouf ! "... sinon celui d'avoir choisi ce sujet, si toutefois c'est lui qui l'a choisi". Mince ! Foutu le Grangier ! La suite est un massacre en règle du scénario. Le seul intérêt du film ? Annie Girardot. 

Le plus beau métier du monde (23-02-1954) de Jean Cosmos - avec Jean-Claude Michel, Jean-Marie Amato, Pierre Destailles
Morceau de bravoure de près de 50 mn (pas de rubriques, à la trappe, les duettistes Beaumont/Régent) autour d'un seul coup de téléphone. Un journaliste essaie de faire parler un présumé criminel en fuite. Grand numéro de Jean-Marie Amato (la voix de Furax). Un effet de réalisation inhabituel chez Pierre Billard : le procédé d’"échos" (la dernière phrase du personnage est répétée sous forme d'écho) qui permet de passer d'un bout du fil à l'autre. 
Jean Cosmos, un habitué des séries de Pierre Billard, va aussi beaucoup écrire pour la télévision, avant d'être le scénariste régulier, à partir de 1988 (La vie et rien d'autre) de Bertrand Tavernier. 

Le chinois du Quartier Latin (04-01-1955) de Louis Chavance - Avec Hubert Deschamps (Le chinois du Quartier Latin), Pierre Delbon (Marcel Ribaldi), Guy Decomble (l'inspecteur Mignonet), Annie Girardot (Arlette Masseret), Geneviève Morel (l'hôtelière Madame Morel), Jacques Duby (Pierre Lanneau), Jacques Anquetil, Pierre Olaf, Yves Duchateau et Jean Bolo
Un étudiant se retrouve accusé de différents méfaits (crime, cambriolages) par des lettres anonymes. Louis Chavance, surtout connu pour ses collaborations à de nombreux films des années 30/40 (L'Atalante, dont il assure aussi le montage, Le corbeau...), a écrit une petite fantaisie policière, autour de personnages savoureux que l'interprétation magnifie. Hubert Deschamps joue un chinois à l'accent russe, Guy Decomble un inspecteur que le nom rend parfois peu crédible. Guy Decomble, c'est l'instituteur d'Antoine Doinel dans Les quatre cents coups ("que je dégradasse les murs de la classe").
Germaine Beaumont flingue le dernier James Hadley Chase, et Roger Régent, qui en a marre des récits policiers pour cette semaine, a apprécié la dernière pièce de Peter Ustinov, l'acteur Jess Hahn, et, surtout, Magali Noël, qui lui fait bien des choses au fin fond de son système glandulaire. Ahhh... Il la verrait bien un peu plus dénudée. Il fait ouvertement appel aux producteurs de cinéma pour qu'ils œuvrent au plus vite dans ce sens.

Son meilleur rôle (03-02-1954) de Yves Jamiaque - Avec Jacques Thébault (François Bergier), Louis Arbessier (le Docteur Herbert), Jacqueline Rivière (Hélène, l'assistante du docteur), Marcel André (le commissaire Veuillard), André Wasley, Jean Chevrin, Pierre Leproux, Pierre Marteville, Geneviève Morel, Nicolas Amato, Suzanne Cely, Lisette Lemaire et Paul Enteric
Un acteur miteux se retrouve atteint de leucémie. Il va endosser le crime d'un autre pour tenter de gagner du temps et sauver sa peau. Tout ici repose sur l'interprétation et la réalisation (très sobre, quelques bruitages et aucune musique). L'intrigue, basée sur une coïncidence hautement improbable, puisque l'acteur rencontre pile comme il faut le docteur qui est sur le point de trouver un remède pour guérir sa maladie, est plutôt laborieuse. 
Germaine Beaumont étant grippée, c'est Pierre Véry qui lit son éloge de Léo Malet et de ses Rats de Montsouris. 
Roger Régent nous régale une fois de plus : il porte aux nues Marty sans nommer son réalisateur (Delbert Mann, rien à voir avec Anthony, mais alors rien). Éloge (mesuré n'exagérons pas) de Un homme est passé. "Nous sommes dans le meilleur cinéma", il y a du suspense (pourtant nous croyions qu'il détestait ça, mais nous ne sommes pas à une contradiction près), et malgré une seconde partie plus faible, "cela reste toujours du cinéma", "c'est à l'image et à l'image seule que l'on fait appel le plus souvent pour nous toucher", "c'est dans la bonne tradition du Far West et du spectacle cinématographique". 
Roger Régent s'emballe tellement qu'il ne nous dit pas le nom de ce réalisateur de génie (John Sturges !). Une magnifique définition du cinéma et de la mise en scène. Merci Roger.



Dernière édition par Curly le Mer 04 Mai 2022, 22:31, édité 2 fois

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Re: ''Les maîtres du mystère'' et autres séries de Germaine Beaumont & Pierre Billard - Mer 04 Mai 2022, 11:30

17 août 2019
Trois Faits divers - une émission de Pierre Véry et Maurice Renault - Réalisations de Pierre Billard - Bruitages Gabriel de Rivage
La Galerie des automates (21/05/1957 Chaîne Parisienne) de Roger de Lafforest - Interprétation Pierre Olivier (Arthur), Evelyne Ker (Edith), Roger Crouzet, Jean Bolo, André Wasley, Georges Chamarat (Sir Réginald), Henri Crémieux (docteur Mortimer Quadogann)
Cette histoire de testament au dénouement alambiqué, d’un réalisme douteux, d’un sadisme apte à réjouir l’auditeur habitué de l’émission, est basé sur un fait divers réel, dont la lecture au début ne peut rien dévoiler de l’histoire puisque elle n’a aucun rapport, si ce n’est l’existence d’un testament saugrenu. Une grande maison vide, un homme désabusé et menacé qui vit seul et isolé avec sa fille, qui reçoit son fiancé en cachette, et un majordome à la jambe grinçante car artificielle, tel est le point de départ de l’histoire.
Au début, rubrique de type « A travers la presse déchaînée » du Canard, recueil de bévues journalistiques, à la différence près que l’on se gausse d’un article sur un homme qui massacre sa famille à coups de hache.
Roger Régent dresse le bilan du dixième festival de Cannes, et vous allez voir qu’au pays des Marronniers, les journalistes sont rois. Les cinéastes sont marqués par leur époque, une dure époque pleine de bruits et de fureur, et la tragédie leur va mieux que le rire. « C’est le règne et le triomphe du fait divers», regrette-t-il, donnant un coup de pied comme ça mine de rien à l’émission où il est en train de passer présentement alors.
Roger Régent a beaucoup aimé un des films les plus oubliés et obscurs de ce festival, « Commando sur le Yang-Tsé » de Michael Anderson.
Second film qui a retenu son attention, « Les nuits de Cabiria ». Fellini, qui avait la côte auprès de la critique, se retrouve loué, mais à la Régent. Il refuse de comparer le film à « La strada », mais que croyez-vous qu’il fait juste après avoir énoncé ces belles paroles ? Devinez.
Les meilleurs moments :
« La strada » = « du néoréalisme de moulin à café, du néoréalisme moulu tour après tour comme une poudre qui tombe à rythme régulier dans le tiroir du moulin.»
Dans « Les nuits de Cabiria » le personnage de Giuletta Masina, Cabiria donc, prend de l’épaisseur, de la consistance au fur et à mesure, et Roger Régent a coupé dans le lard en coupant le film en deux parties comme ça, comme un boucher : « la première partie est la plus faible et la plus irritante », « Giuletta Masina joue avec tous ses trucs de cabotine, est agaçante au plus haut point » mais tout à coup au bout d’une demi-heure, soudain, elle devient excellente ! Et « parfois admirable » ! Parfois seulement ! M. Régent est vraiment sans pitié.

Capital décès (08/01/1957) de Philippe Hébert - Interprétation Gaétan Jor (l'inspecteur Leblanc), Jean-Pierre Lituac, Geneviève Morel, Pierre Marteville, Henri Virlojeux, Yves Duchateau, André Wasley, Jacqueline Rivière (Colette Salvin), Jean Brochard (monsieur Rivière) et Jean-Marie Amato (le commissaire Grosset)
Pierre Véry refuse de lire avant la dramatique le fait divers qui a servi de point de départ. Il a été modifié en profondeur, mais il permet à l’auditeur de ne pas être « aiguillé sur une fausse piste ». Par rapport au fait divers, l’auteur a heureusement complexifié l’histoire, afin de ménager retournements de situations et suspense. Mais d’un autre côté, il l’a aussi rendu plus moral, et conforme à la bienséance.
Un homme tombe dans la cour de son immeuble. Comment en est-il arrivé là ? Suicide ? Poussé par sa femme ? Le commissaire qui mène l’enquête, encore un commissaire plus ou moins calqué sur le personnage de Maigret, a la voix, ici chaude et rassurante, de Jean-Marie Amato.
Germaine Beaumont démontre que « les femmes sont douées pour écrire de bons romans policiers ».
Le Roger Régent Chronicle :
Expédition en quatrième vitesse de « Bébé Doll », qui a subi une semi traduction en français et qui est excellent. Le réalisateur, aux oubliettes, et passons à autre chose, c’est à dire… à Denys de La Patellière et son « Salaire du péché », « qui est loin d’être sans intérêt ». Il est nettement plus inspiré, Roger. Bon, « on nous r’fait le coup des Diaboliques », mais bon ça va, ça tient la rampe. Dommage que la fin soit totalement élucubratoire.
Grand final sur « Mitsou » de Jacqueline Audry. Bon, le film a l’air mauvais, mais heureusement que Roger peut admirer toute la splendeur du jeu de Danielle Delorme.

Prix Goncourt (25/05/1954) de Claude Gével - Interprétation Josette Vardier (Claire Meuzier), Pierre Trabaud (Fred Meuzier), Jean Topart (Gilles Espalin), Christiane Barry, Becky Rosanes, Lucienne Letondal, Pierre Olivier, Jacques Sarthou, Yves Duchateau, Jean-Pierre Lituac, Pierre Marteville, André Wasley et Jean Mauvais
Le fait divers (de la vie littéraire) qui inspire cette dramatique est le Prix Goncourt. Claude Gével brosse le portrait d’un gagnant minable, arriviste, et au talent discutable. Il a donc beaucoup inventé... Pas d’inquiétude, mort et enquête il y a, et pour rassurer l’auditeur, Pierre Véry nous le clame en introduction.
Le titre du Goncourt : « Le vol des canards ». Le titre de son roman suivant : « Le vol des vautours ».
Après la dramatique, lecture de quelques faits divers envoyés par les fidèles zauditeurs.
Germaine Beaumont a lu le dernier Simenon, « Maigret à l’école », et elle ne l’a pas beaucoup aimé. Le roman est « lent », les personnages, à part Maigret, ne sont pas sympathiques : ils sont sordides. Germaine est de bien mauvaise humeur car la lenteur et le sordide, c’est la marque de fabrique de Simenon.
Le cinéma de Roger : aujourd’hui, Bernard Borderie, « La môme vert-de-gris ». Roger nous dit bien à plusieurs reprises que la barre n’est pas bien haute, mais il peine à cacher qu’il s’est régalé de tout son saoul. « La réussite est complète » ! Le but que s’est fixé le réalisateur est comme une bonne tarte normande, il est tatin. Certes, ce but n’est pas « honorable », mais baste, Roger a pris son pied.
La mise en scène de Borderie est saluée dans toute sa longueur, sa largeur et sa hauteur. Un honneur que n’ont eu ni Fellini, ni même Elia Kazan (celui de Bébé Doll). Et tant qu’on y est, festival Borderie avec « Les femmes s’en balancent », autre chef d’oeuvre du Maître : ça fracasse partout, ça bécote des pépées à droite à gauche, ça picole du whisky à fond de cale. Le nirvana cinématographique de Roger Régent.
Le dernier chef d’oeuvre de la semaine, le court métrage qui passe avec « Pain, amour et fantaisie » (une comédie « délicieuse »), « L’étranger ne laisse pas de carte » « dans la plus pure tradition anglaise ». La réalisation de Norman Coy (?) est portée au pinacle. L’enthousiasme est à son comble. On en aura « le souffle coupé ».


18 février 2020
Les Maîtres du mystère - On vous attend en bas (24/02/1959 Chaîne Parisienne)
d'après William Irish -adaptation : Serge Douay - Réalisation : Pierre Billard
Interprétation : Evelyne Gabrielli, Pierre Trabaud, Jean-Jacques Steen, Pierre Moncorbier, Lisette Lemaire, Claude Bertrand, Jean Chevrin, Micheline Bona, Florence Brière, Pierre Vernier et Jean Lagache
Un mystère dont le point de départ est plus réussi que sa résolution, basée sur une histoire d’espionnage ou de trafic dont l’auteur n’a que faire visiblement.
Un jeune homme attend sa fiancée en bas d’un immeuble. Fiancée qui s’évapore dans la nature.

Les chroniques
Germaine Beaumont a aimé « Carambolages» de Fred Kassak. A tel point qu’il sera adapté pour les Maîtres du mystère par Jean Cosmos deux mois plus tard.
(cf aussi Crêpe suzette du 01/12/1959, par le même trio Kassak/Cosmos/Billard)

Les pensées de Roger Régent : Éloge, modérément enthousiaste, du «Vent se lève » d’Yves Ciampi. Roger en a toujours sa claque du suspense, on en met trop tout plein dans tous les films. Il se plaît même à en imaginer dans une version cinéma de la vie de Saint François d’Assise.
L’histoire du « Vent se lève » paraît bien convenue, mais au diable les lieux communs pour Roger, « ce scénario en vaut bien un autre », la réalisation n’est pas d’une grande subtilité, mais pour Roro, « c’est ainsi qu’il fallait faire ».
Autre perle : Curd Jurgens « est toujours semblable à lui-même », donc il est très bien. Et Mylène Demongeot doit subir ce compliment passionné : « il y a peu à dire, elle joue très correctement ».
Heureusement une pièce de théâtre vient remonter le moral du chroniqueur. « Tchin-tchin » de François Billetdoux : bon c’est vrai, ça n’a rien à voir avec Les  Maîtres du mystère, Rodger en convient, mais Billetdoux a écrit plusieurs dramatiques pour la série. Ouf, nous voilà sauvé in extremis du hors-sujet.


8 mars 2020
Les maîtres du mystère - L’affaire Lerouge d’après Émile Gaboriau, adaptation de Claude Gevel, bruitage Jean Bériac
avec Nicolas Amato (le domestique), Jean Topart (Noël Gerdy), André Reybaz (le Vicomte Albert de Commarin), Louis Arbessier (le juge Daburon), Raymond Pelissier (le commissaire de police), Henri Crémieux (Taburet), Marie Martine (le gamin), Geneviève Morel (la domestique), Yves Duchateau (un policier), Christiane Lasquin (Claire d'Arlange, fiancée d'Albert), Jean-Pierre Lituac (l'usurier Clergeau), Nelly Delmas (l'amie de Noël Gerdy), Jean Brunel (le marinier Lerouge) et Jean Toulout (le Comte de Commarin).
Intrigue criminelle autour d’un échange de nourrissons à la naissance.
Classique double enquête : la première, trop simple, se retrouve mise en question par l’enquêteur éclairé.
Le procédé dramatique est vite deviné, car il a été usé depuis jusqu’à la corde.
L’interprétation est comme très souvent dans cette série de tout premier ordre, le rythme est enlevé, Pierre Billard mène son intrigue à toute allure, et n’hésite pas à recourir à des ellipses d’importance pour aller à l’essentiel, et puis au diable la vraisemblance. L’énergie de l’ensemble emporte tout.
Émile Gaboriau, pionnier du récit policier, est le créateur du commissaire Lecoq, ancêtre lointain de Maigret, et dont les enquêtes ont été adaptées dans la série des Maîtres du mystère.
Ici, pas de Lecoq. C'est Taburet qui mène la danse, un des modèles de Sherlock Holmes. Il est l’auxiliaire non officiel de la police lorsque celle-ci piétine.

Le conseil cinéma de Roger Régent :
Ah... octobre 1959 !
Autopsie d’un meurtre d’Otto Preminger, The Krimson Kimono de Samuel Fuller, Deux hommes dans Manhattan de Jean-Pierre Melville, La mort aux trousses d’Alfred Hitchcock, Rio Bravo de Howard Hawks, Meurtre à l’italienne de Pietro Germi...
Mais Roger Régent a trouvé mieux : un remake des « 39 marches » d’Alfred Hitchcock, pour faire l’éloge, non du film, mais du roman. Il glisse avant le générique de fin, pour enfoncer une bonne fois le clou, que les couleurs du film sont particulièrement laides. Avant il aura pu nous apprendre que c’est un film de série où tout le monde fait ce qu’il faut comme il faut, l’opérateur a bien mis en marche le moteur de la caméra, les acteurs ont parlé, bougé comme il faut, et le metteur en scène n’a pas oublié de raconter une histoire.
Roger est aux anges. L’interprète principal masculin « ne manque pas d’humour » alors que son homologue féminin semble être une grande actrice : elle est « gentille ».


7 juillet 2020
Faits divers par Pierre Véry Maurice Renault
Samuel est mort deux fois (12/07/1955 Chaîne Parisienne) - plus de liens, diffusions dans les nuits du 04-07-2020 & 19-05-2021
de Roger de Lafforest - interprétation Jean-Pierre Lituac, Jean Negroni, Marcel Lestan, Jean Chevrin, Pierre Leproux, Pierre Marteville, Yves Duchateau, André Wasley, Jean Bolo, Pierre Moncorbier et Geneviève Morel - réalisation Pierre Billard
Un « fait divers » jamais rediffusé. Même l’INA n’en a pas proposé l’écoute sur son site.
Les auteurs s’inspirent d’un véritable fait divers, dont ils ne retiennent parfois qu’un détail.
Pierre Billard a déjà trouvé la méthode qu’il appliquera aussi pour les Maîtres du mystère : rapidité d’exécution, spontanéité, et un seul accompagnement musical qui tourne pendant toute la dramatique.
Une histoire de substitution de cadavres. Samuel est un indic pour Scotland Yard, qui disparaît simultanément du monde des vivants à Marseille et à Calais. C’est surtout cet aspect qui intéresse l’auteur, dont les lauriers sont tressés en ouverture par Pierre Véry. Le démantèlement d’un réseau de trafic de diamants n’est qu’un prétexte.
Nous comprenons dès le départ, pas seulement grâce au titre, que l’indic va disparaître à deux endroits en même temps. Il y aura donc un rebondissement supplémentaire, mais attention, il n’est pas éblouissant d’originalité.
Ensuite, les rubriques habituelles avec le jeu des titres, où les auditeurs proposent des titres spirituels à un fait divers.
Et enfin, le duo Germaine Beaumont/Roger Régent.
Germaine Beaumont résume la nouvelle aventure de Nestor Burma, « Les sapins dorment dans les caves », et Roger Régent s’extasie sur une comédie italienne d’Alessandro Blasetti, « Dommage que tu sois une canaille », avec Vittorio de Sica, Sophia Loren, et Marcello Mastroggani (sic).
C’est une des nombreuses comédies italiennes qui fait la jonction entre le néoréalisme de l’après-guerre qui commence à s’essouffler et la comédie italienne plus acide dont le point de départ est « Le pigeon » en 1958.
Là, nous sommes dans de la comédie gentillette, dans la veine de « Pain, amour et fantaisie », donc Roger s’emballe et n’hésite pas une seconde : il compare sans hésiter avec la comédie américaine des années 30. Blasetti ne serait autre que le nouveau Lubitsch, le nouveau Hawks.


15 juillet 2020
Faits divers avec supplément meule
Faits divers par Pierre Véry et Maurice Renault - L'assassin n'est pas coupable (26/06/1956 Chaîne Parisienne)
de Claude Gevel - bruitage Gabriel de Rivage - Interprétation Robert Murzeau (le commissaire Fautral), Silvia Monfort (Fabienne Saliroy), Josette Vardier, Jacqueline Carrel, Becky Rosanes, Lisette Lemaire, Robert Basile, Henri Virlojeux, (Monsieur Lafarge), Albert Gercourt et Jean Négroni - réalisation Pierre Billard, assistant Jean Garretto
Pierre Véry explique directement dans l’introduction ce titre mystérieux, qui du coup ne l’est plus. Il a beau se rattraper en prédisant quelques rebondissements à l’auditeur, c’est trop tard.
Donc au programme, spiritisme et réincarnation.
Souvent dans la série, les auteurs essayaient d’inventer un enquêteur original. Le commissaire Fautral est toujours secondé par sa femme dans son enquête, et celle-ci, bien qu’ayant l’esprit très affûté, reste muette de bout en bout.
Germaine Beaumont fait ensuite l’éloge de Claude Aveline, auteur qui a œuvré aussi beaucoup à la radio, avant de descendre en flèche un certain Charles Franklin.
Roger Régent n’aime pas quand ça déborde : quand c’est trop c’est trop.
Il a apprécié « Sourires d’une nuit d’été », et Ingmar Bergman est nommé à la fin mais en tant que « grand scénariste ». Après avoir énuméré les qualités du film, Roger se rend compte soudain que c’est trop. Donc, c’est trop. Le film est en fait trop riche, il a trop de qualités, et il met en garde les futurs spectateurs.
Pour résumer les qualités de la mise en scène, une seule formule passe-partout suffit : « c’est un film plein de qualités cinématographiques ».
Il a apprécié aussi « Les assassins du dimanche » d’Alex Joffé. Et là aussi, c’est trop. Il y a trop de choses, ça s’éparpille. Mais les « intentions sont bonnes » et « l’auteur mérite des compliments ».

Les Nuits ont fait sauter la rubrique « L’accident de la semaine ». C’est dommage. En voici donc l’essentiel.
C’était un accident survenu dans un atelier de meulage. L’accident n’est pas rappelé, à vous de l’imaginer.
Les deux questions posées aux auditeurs étaient les suivantes :
- Quelles sont les deux fautes commises ?
Réponse : Le support de pièces mal réglé laissait un espace trop grand entre lui et la meule – L’ouvrier ne disposait pas de matériel de prévention pour sa pièce.
- Quelles sont les éléments de sécurité indispensables que doit comporter une meule commandée électriquement ?
Une meule commandée électriquement doit comporter un carter protecteur muni d’une bavette réglable à sa partie supérieure et d’une buse de captation de poussière à sa partie inférieure, un écran transparent, un support de pièces réglables, une plaque signalétique très visible comportant la vitesse de rotation, la nature des meules pouvant être utilisées, et les diamètres maximum et minimum de ces meules. Et enfin une borne de mise à la terre.
Pourquoi avoir coupé un tel moment de poésie, si rondement meulé ?

Curly 

Curly

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Re: ''Les maîtres du mystère'' et autres séries de Germaine Beaumont & Pierre Billard - Jeu 12 Mai 2022, 11:39

20 juillet 2020
Faits divers par Pierre Véry & Maurice Renault avec supplément polyandrique
L'aventure est au bout du fil  de Jacques- Daniel Norman
26/06/1956 Chaîne Parisienne – nouvelle diffusion de l’émission du 03/05/1955
interprétation Pierre Trabaud (Jacques Dubois), Rosy Varte (Claire Dornet), Jacqueline Rivière (Irène Ponsard), Jacques Morel (Lucien Ponsard), Nicole Vervil, Loleh Bellon, Becky Rosanes, Evelyne Langey, Guy Decomble, Jean Bolo, Armand Vallé-Valdy, Lucien Plaissy, Nicolas Amato, et André Wasley - réalisation Pierre Billard

Encore une fois, la présentation de Pierre Véry écrase tout le mystère que pouvait contenir la première partie de la dramatique. D’abord parce qu’il rappelle le fait divers qui l’a inspirée, et ensuite parce qu’il va nous livrer le résultat de ses réflexions sur la jalousie, sentiment qui entretient selon lui la bonne entente dans le couple. Est-ce vraiment une invite à pimenter son quotidien ?
Donc, la révélation concernant le mystérieux coup de fil suivi de celui de pistolet est émoussée dès le début. Heureusement que l’auteur, présenté comme scénariste pour le cinéma, mais qui a aussi été réalisateur, a eu l’idée d’une péripétie supplémentaire, rappelant sur certains points, sur un mode plus léger, « D’entre les morts » de Boileau-Narcejac, paru l’année précédente, qui a inspiré le « Vertigo » d’Alfred Hitchcock.
Heureusement aussi que l’interprétation soit toujours aussi réjouissante.

Les Nuits ont fait encore sauter une rubrique, et c’est toujours dommage. Car cette émission, sous le verni de la bienséance et du bon goût – que l’on sent dès le générique dit par Jean Toscane, le speaker le plus décontracté de l’histoire de la radio, toutes époques confondues - se réjouit dès que l’immoralisme pointe son nez - avec ou sans cadavres, peu importe - avec une délectation qui dépasse l’entendement.
La rubrique manquante est celle du jeu des titres. Un fait divers est proposé aux auditeurs, qui ont à lui trouver un titre, si possible spirituel.
Le fait : une londonienne a résolu le problème de la lutte des classes en se mariant à un industriel fondeur et à un ouvrier métallurgiste.
L’ouvrier travaillant de nuit, et l’industriel de jour, la chose fut possible, mais certainement quelque peu épuisante, puisqu’arriva le jour où la mariée s’emmêla les pinceaux, et fut donc découverte, gagnant le privilège d’être la vedette du jeu des titres dans « Faits divers ».
Parmi les titres proposés, plein de jeux de mots de bon ton : « Une femme, deux ménages », « Objectif à deux foyers », « Double mixte », « Les deux font l’affaire », « Une femme qui met les couchées doubles », « Une femme, deux poires, et beaucoup de pépins »...
Le winner s’inspire de l’actualité de l’époque, il tombe donc un peu à plat pour nous : « La poule (/pool) charbon-acier ». Il gagne donc le roman policier de la semaine, à condition d’envoyer à la RTF une adresse plus précise que « Dreux ».
Le fait divers sélectionné pour le prochain jeu des titres : Un docteur de St Germain des Près attaqué par quatre voyous qui le rouent de coups, lui prennent son portefeuille, et, pour parachever le tout, son pantalon. Le docteur a pu rentrer chez lui drapé dans une couverture « aimablement prêtée par les gardiens de la paix ».

Le petit courrier des amateurs de mystère et d’aventure :
Germaine Beaumont raconte presque en entier deux romans qu’elle a appréciés, et Roger Régent, qui n’est amateur ni de mystère, ni d’aventure, propose deux spectacles qui n’ont aucun rapport ni avec l’aventure, ni avec le mystère.
« Le sel de la terre » de Herbert J. Biberman, qui a beaucoup attiré l’attention à l’époque, est un film américain largement influencé par le courant néo-réaliste italien. Roger va vite nous donner envie d’aller le voir : « film attachant, un peu ennuyeux aussi parfois par des longueurs et une sorte de piétinement et de monotonie dans les caractères. Mais il fait courir en ce moment tout Paris et c’est réconfortant. Il n’y a pas que la Série Noire... »
Toutefois, les images sont « très faits divers », ce qui permet in-extremis de coller au titre de l’émission.
Roger ne voit rien d’autre à nous proposer au cinéma, parce qu’il n'y a rien vu de bon. Alors il se tourne, une fois n’est pas coutume, vers le théâtre, et plus exactement une pièce de Clifford Odets mise en scène par Raymond Rouleau, « Pour le meilleur et pour le pire » (The Country Girl).
Mais le sujet n’est pas bon : ce devrait être un sujet de roman ou de film et pas d’une pièce. L’étude psychologique, c’est pas pour le théâtre, Roger a bien réfléchi à la chose, et il est formel.
La pièce n’est pas si terrible que ça. La seule personne qui trouve grâce à ses yeux, c’est Raymond Rouleau.


27 juillet 2020
Faits divers par Pierre Véry et Maurice Renault - Madame Roc ne reçoit plus (12/10/1954 Chaîne Parisienne)
de Yves Jamiaque - bruitage Gabriel de Rivage
interprétation Marcelle Géniat (la voyante), Martine Sarcey (le Dr Anna Fontier), Lucien Nat (le professeur Verdier), Geneviève Morel, Becky Rosanes, Pierre Moncorbier, Françoise Jacquier, Jeanne Dorival, Yves Duchateau, Jean Bolo, Jean Chevrin, Pierre Amel, Robert Miller, Gaétan Jor, Jean Mauvais
réalisation Pierre Billard

La présentation de Pierre Véry laisse cette fois-ci un peu plus de place au mystère. De plus, coup de chance, Yves Jamiaque n’a vraiment pas gardé grand-chose du fait divers envoyé par Raymonde Dufour (qui gagne une brochure dédicacée), et sa lecture en ouverture ne dévoile rien de la dramatique qui va suivre.
La comparaison avec « Fantôme à vendre » de René Clair est tirée par les cheveux, et la conclusion de Véry, qui ouvre sur un débat autour des pouvoirs surnaturels des voyantes n’est que la démonstration du manque momentané d’inspiration du maître de cérémonie de « Faits divers ».
Comme très souvent dans la série, autant les rubriques accusent nettement le passage du temps,  autant l’interprétation des dramatiques se défend bien contre ledit passage.
Madame Roc est une voyante qui ne reçoit plus (c’est le titre), et qui annonce des événements qui ont la mauvaise idée de se produire. Le dénouement est assez niais. Celui proposé par Raymonde Dufour était plus excitant.
Marcelle Géniat, qui joue Mme Roc, n’a pas peur d’en faire trop, le rôle s’y prêtant bien.  

Les rubriques que les Nuits ont fait sauter :
Le lancement du tout premier « jeu des titres ». Maurice Renault propose un premier fait divers pour lequel il faudra trouver un titre. L'histoire : un message de naufragés d’une goélette vénitienne datant de la fin du XVIIIème siècle a été retrouvé par un jeune homme sur une plage italienne.

L’annonce de la dramatique du 26 octobre. Pierre Véry laisse la parole à son auteur, Pierre Léaud - le père de Jean-Pierre -, qui résume le fait divers qu’il a choisi, une histoire de contrebande de cigarettes sur la Côte d’Azur.
Maurice Renault demande en quoi ce fait l’a inspiré, et c’est là que nous apprenons que l’inspiration n’est pas encore venue, que la dramatique n’est pas encore écrite, et que le futur auteur espère avoir suffisamment d’imagination pour en tirer quelque chose de présentable. Maurice Renault le reprend énergiquement là-dessus : il a tout intérêt à en avoir !
En tout cas, il y a promesse d’actions, de coups de feu, « pas de fumée sans coups de feu » ajoute Véry qui là d’un coup a son moment d’inspiration. « Touchez pas aux blondes », renchérit Léaud.
Cela donne une idée de la rapidité d’exécution des dramatiques, puisque celle-ci sera diffusée seulement 15 jours plus tard, le 26 donc, sous le nom de « Mektoub ».

Le petit courrier des amateurs de mystère et d’aventure :
Germaine Beaumont résume toujours la quasi totalité des histoires, sachant s’arrêter juste au dénouement pour que le lecteur n’ait plus que les dernières pages à lire.
Cette semaine, c’est au tour du dernier Simenon, « L’horloger d’Everton ». La synthèse qu’elle en livre ne manque toutefois pas de pertinence : « nous voyons se dérouler en sens inverse deux destinées, celle du fils roulant vers l’abîme, celle du père remontant vers le passé... ». Bertrand Tavernier l’adaptera au cinéma, en transposant l’action à Lyon (« L’horloger de Saint Paul », 1974).
Autre roman qui a attiré l’attention de Germaine Beaumont, « Vague de chaleur » de Dana Moseley. L’héroïne, « abondamment pourvue de beauté et de gentillesse », commet une impardonnable maladresse : en pleine canicule, elle s’approche trop près de sa fenêtre ouverte, et dans le plus simple appareil. Et vous devinez quoi ? On l’a vue ! Et ce « on » est nombreux, bouffi de méchanceté. Le tout s’achève par un meurtre, « bien entendu », Germaine faisant l’effort suprême de ne pas nous nommer la victime.

Les spectacles vus par Rodger :
Roger Régent s’entraîne au grand écart. Le principe : choisir deux spectacles qui n’ont strictement rien à voir entre eux et leur trouver des points communs en se coupant les cheveux en quatre. Après les avoir tirés avec « Fantôme à vendre », ce devrait être plus facile.
Une pièce et un film « dont les sujets sont identiques, mais les analogies s’arrêtent là car ce film et cette pièce ne se ressemblent guère. Quant aux auteurs, à l’esprit de qui viendrait-il de comparer Jeanson et Tchekhov ? »
Les deux œuvres comparées sont donc « Madame du Barry » de Christian-Jaque, et « La cerisaie » mise en scène par Jean-Louis Barrault.
Comparaison : « Le propos des auteurs est semblable en ceci, qu’ils s’attachent l’un et l’autre à brosser le tableau d’un monde, d’une société, d’un régime disparu et enfoui sous les tumulus des révolutions. A ceci près toutefois que lorsque Tchekhov écrit « La cerisaie » (…) la société qu’il décrivait était toujours debout, alors que le Versailles du XVIIIème siècle, (…) il y a près de deux cents ans qu’il s’est écroulé. »
Bravo Rodger.
Maintenant les points saillants de ces deux œuvres :
« Madame du Barry » : les bons mots de Jeanson et les décolletés de Martine Carol. « Les premiers sont inégaux, et les seconds sont égaux à eux-mêmes » Roger a eu le temps de prendre les mesures. C’est d’un goût douteux admet-il, mais on ne s’ennuie pas.
« La cerisaie » : « très grande qualité...admirable sûreté de trait...troupe parfaitement homogène...compositions saisissantes... »
Après la pommade, le supplice de la roue : « en réalité il n’y a pas de pièce. Et c’est peut-être pour cela qu’en définitive malgré la qualité de cette soirée, nous restons un peu sur notre faim. » Fin.


2 août 2020
Faits divers par Pierre Véry & Maurice Renault – réalisation Pierre Billard
Le tir au pigeon (08/02/1955) de Pierre Véry –
interprétation - les tireurs : Jean Tissier (Antoine Marmion), Rosy Varte (Catherine Le Blanc)
- les pigeons : Maurice Ronet (Philippe Lesueur), Jean-Louis Trintignant (Christian Gaubert), Jacques Duby (Hubert Delanoux)
et Geneviève Morel, Caroline Clerc, Guy Decomble, André Wasley, Pierre Moncorbier, Jean Chevrin
Le fait divers choisi : un couple qui allait d’hôtels en hôtels et disparaissait à chaque fois sans laisser de trace. Les raisons ne sont pas données.
Pierre Véry n’est pas allé très loin pour trouver une explication. Au bout de quelques minutes, nous sommes fixés, et nous avons compris le titre. Le dialogue d’ouverture entre Catherine et Philippe est trop chargé de clichés pour sonner juste.
La réalisation est toujours aussi enlevée, et quelques ellipses bien senties permettent d’aller encore plus vite à l’essentiel. Philippe annonce qu’il va voir son oncle collectionneur d’art, et une seconde plus tard, sans même une seule transition musicale (il n’y en a pas dans la dramatique, contrairement aux habitudes de Billard) nous y sommes, et son père s’y trouve aussi, vitupérant contre lui.
L’essentiel ce sont les numéros du couple Rosy Varte et Jean Tissier, à qui Véry réserve un grand numéro tire-larme délicieux.
Là où Pierre Véry introduit un élément plus profond, c’est dans la toute dernière scène, où Philippe part rejoindre Catherine à la gare, malgré ce qu’il vient d'apprendre sur elle.

Le jeu des titres, coupé par les Nuits.
Le fait divers à titrer était encore bien coquin. « Londres. Le divorce a été accordé à Miss Barbara Curtis. Son mari l’avait quittée le lendemain de son mariage pour aller passer sa lune de miel avec la sœur jumelle de sa femme. Il n’a même pas essayé de prétendre qu’il avait été abusé par la ressemblance. »
Parmi les titres proposés par les auditeurs : « Sœur prise partie », « L’embarquement pour sister », « La sœur en est jetée », « Vol de nuits », « L’échange » en hommage à Claudel, « Eclipse de l’une »...
Pour la fine équipe de Faits divers, le meilleur est « Le double de la moitié ».
Le prochain fait divers à titrer est encore anglais. Enfin c’est plutôt un non-fait divers : un révérend vient à Paris pour participer à un concours international de tricots. Le révérend tricote « depuis sa plus tendre enfance. Et pendant la guerre de 14-18, dans l’armée, il tricotait même à cheval ».

Le fait divers retenu pour une prochaine dramatique ressemble à l’intrigue d’un film de Fritz Lang, « House by the River ». C’est l’histoire du criminel qui se dénonce lui-même en racontant son crime dans un récit. Dans le fait divers, c’est dans un concours de nouvelles.
La dramatique, « Crime hors concours », diffusée le 22-02-1955, est signée Boileau-Narcejac.

Le petit courrier.
Germaine Beaumont veut franchement nous faire peur. « Les amateurs de sensations fortes me seront gré de leur procurer d’exceptionnels cauchemars ».
Dans le premier roman, « L’enfer pour Jennifer », une femme tente d’innocenter son mari accusé du meurtre de sa première femme. Elle y réussit, avoue directement Germaine Beaumont, anéantissant le suspense tant vanté deux secondes auparavant. Mais comme promis, il va y avoir des cadavres à la  pelle, « aussi bien rangés que des clémentines chez un marchand de primeur ».
Un détail marquant, dans le roman un personnage exerce le métier de « relaxacisor ». Il paraît que c'est un masseur pour dames fortunées.
Deuxième roman, « La mort qui roule », un livre « positivement effrayant », ce qui n’apparait pas comme évident dans la présentation de l’intrigue. Lors d’une enquête, un agent du FBI (du éf-bé-i) tombe amoureux d’une strip-teaseuse. Une fois de retour chez lui il n’arrive plus à la joindre. Et c’est tout. La suite, Germaine ne trouve pas les mots pour la raconter tellement la terreur est au rendez-vous. « Tout ce que je puis dire, c’est qu’ayant refermé le livre, je me suis sentie qualifiée pour les soins expérimentés d’un relaxacisor ».

Les spectacles vus par Roger Régent.
« Le cinéma nous gâte ces jours-ci » commence-t-il. Le doute est jeté sur le sens du verbe « gâter ». C’est massacre à la tronçonneuse qui commence, avec trauma profond pour tous les amateurs de cinéma.
La sortie du « Crime était presque parfait » d’Alfred Hitchcock permet à Roger de ressortir tous les poncifs sur Hitchcock « habile faiseur mais sans plus », très en vogue dans les années 50, et contre lesquels se sont battus les jeunes « Cahiers du cinéma ».
On passera sur la comparaison avec Clouzot (Les diaboliques venaient tout juste de sortir), qui permet d’achever définitivement Hitchcock.
Les observations de Roger : il a vu la pièce dont est tiré le film, et il n’avait pas tout compris. Le film est donc mieux, il a tout compris, et puis avec les gros plans on peut voir ce qu’il faut voir, alors qu’au théâtre, on n'a pas forcément une jumelle…
Mais...le film est théâtral, c’est du « théâtre photographié ».
Pour finir, après avoir quand même envoyé une pique à Clouzot, pour contrebalancer l’excès d’éloge à son endroit, un film mignon, qui permet de passer une soirée-cinéma avec Audrey Hepburn, à défaut de pouvoir l’inviter au restau, « Sabrina », «pour ceux ne raffolent pas des émotions fortes et qui aiment les comédies aimables, charmantes ». « Moins réussi que « Vacances romaines » de William Wyler dans sa dernière partie », on ne saura jamais pourquoi. On ne saura jamais non plus que Billy Wilder en est le réalisateur, et qu’y jouent aussi Humphrey Bogart et William Holden, qui sont pour Roger certainement de trop.

Les Nuits ont fait sauter une annonce importante : la semaine suivante un perroquet qui a la mémoire des chiffres s'invite dans Faits divers. Il sera au centre d'une dramatique policière, « Les perroquets vivent cent ans », signée du plus fin amateur de suspense et de séries noires : Roger Régent.

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