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Regards sur France Culture » LES FORUMS » France Culture » Le programme de nuit, îlot de culture (II)

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Le programme de nuit, îlot de culture (II)    Page 31 sur 43

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Curly 


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Atelier de Création Radiophonique - AudioPerec (1972) - Lun 28 Déc 2020, 11:59

Aujourd’hui, vous avez trois heures libres devant vous.
Soit vous faites une sieste, mais c’est long,
soit vous écoutez AudioPerec (05/03/1972), un Atelier de Création Radiophonique de Georges Perec réalisé par Janine Antoine.

Si vous faites une sieste, le problème est résolu, encore faut-il avoir du sommeil en réserve pour trois heures. Tout dépend de ce que vous avez fait la veille. Mais bon, passons, simplifions - parce qu’il faut toujours simplifier. Vous dormez trois heures.

Si vous écoutez AudioPerec, vous avez à parcourir le tout de cet ensemble dans lequel vous allez passer vos trois heures.
L’édifice contient plusieurs pièces, dont la base est le hörspiel (jeu pour l’oreille), théâtre radiophonique allemand à mi chemin entre la musique et la dramatique radiophonique. La radio allemande, dans les années 60, avait attiré différents auteurs de langue française : Beckett, Sarraute, Obaldia, Pinget, mais aussi Perec, qui va écrire L’augmentation d’abord pour la radio allemande, et dont la version française vous est proposée ici, disséminée à différents moments de cet ACR. Cette partition organigrammatique permet d’entendre les voix de Marcel Cuvelier, Roger Jaquet, Danièle Lebrun, Yves Peneau, Thérèse Quentin, Monique Saintey et Frédérique Villedent, les bruits de Louis Amiel et les commentaires sonores de Philippe Drogoz.
Vous n’aurez pas toute L’augmentation du premier coup.
Vous aurez d’abord une courte série de rimes alphabétiques d’Alexandre Flan (1827-1870), déclamée avec soin par Danièle Lebrun.
Et il vous faudra écouter deux pièces mêlant plus ouvertement voix et musique. L’une, Le petit abécédaire illustré, 17 textes homophoniques, sur une musique de Philippe Drogoz, encore lui, avec Pierre Urban à la guitare et au luth et la soprano Bernadette Val qui s’accompagne aussi au derbouka.
L’autre, Diminuendo, pour changer un peu, est mise en musique par Bruno Gillet, qui joue sa partition au piano accompagné de Claude Lavoix à l’harmonium, Michel Lorin aux percussions et Pierre Thibaud à la trompette. Vous remarquerez que le tout est chanté, dans un sprechgesang tout à fait piquant, qui dramatise exagérément un texte qui raconte les dures avanies du quotidien. Vous entendrez au chant l’excellente Christiane Legrand et le non moins fameux Ward Swingle. La pièce est enregistrée en public, mais vous serez capable de le remarquer vous-même.
Vous serez prêt pour entendre un hörspiel en version originale écrit par Perec, traduit et adapté en allemand par Georges Hemlé, et dont les voix sont soigneusement orchestrées par Philippe Drogoz, toujours lui. Diffusé en 1970 en Allemagne, en voici la diffusion française.
Jeux sur les sonorités, les rythmes, les tessitures, c’est une véritable composition, un morceau de choix qui obtint accessoirement le prix Italia en 1971, et qui fut aussi diffusée sous la forme d’un 33 tours.
                
                                            Le programme de nuit, îlot de culture (II) - Page 31 Perec10

Tagstimmen (Voix de jour) est interprété par Manfred Adelt (ténor), Hanna Holitsch (alto), Botho Lucas (baryton) Ev Van Ophuisen (soprano), Ralph Paulsen (basse), Brigitte Stockmann (mezzo soprano), Miriam Kluftinger (flûte), Ingeborg Thomas (voix d'enfant), réalisation de Philippe Drogoz, Eduard Kramer, Georges Perec, Wolf Kiel et Wolgang Schenk
Dans l’article de Hans Hartje consacré à Georges Perec et au Nouveau hörspiel allemand, vous trouverez la note d’intention de cette pièce.
« La pièce radiophonique Tagstimmen ne raconte pas à proprement parler une histoire. C’est un tissu narratif continu qui à partir d’un matériau de base très simple essaye d’explorer au maximum les possibilités phonétiques de la langue et les possibilités musicales de la voix humaine. Ce matériau de base est composé de proverbes, de phrases toutes faites et de comptines, qu’on a utilisé en y incorporant le plus grand nombre possible de types de discours, de formes de la voix, de tonalités, etc. L’ensemble peut être résumé comme racontant (ou plutôt évoquant) la journée d’un homme dans une grande ville, et d’une manière à peine plus symbolique, la vie d’un homme. Le tableau suivant montre en gros l’organisation de la pièce
journée                                                                                         vie                                                                                             modalités de discours
réveil                                                                                             naissance                                                                               cris, balbutiements,
                                                                                                                                                                                                            murmures, chuchotis, etc.
matin                                                                                            enfance                                                                                    comptines, récitations,                                                                                                                                                                                                              bulles d’information
midi                                                                                              jeunesse                                                                                    brouhaha, slogans, discours, psalmodie,sermon
après-midi                                                                                 maturité ?                                                                                 monologue intérieur, narration
soirée                                                                                           maturité ?                                                                                 chant
coucher                                                                                       vieillesse                                                                                    ressassement, monologue, psalmodie
nuit                                                                                                mort                                                                                            silence (cri) »


Mais dans la vie, vous verrez que la réussite n’est pas toujours au rendez-vous. C’est ce qui va arriver à Georges Perec, encore lui, s’essayant à l’écriture d’une partition graphique, en compagnie de Philippe Drogoz, encore lui aussi, et des musiciens du Groupe d’Études et de Recherches Musicales, plus commodément appelé le GERM. Perec, puis Drogoz, expliquent aux musiciens la partition avant qu’ils ne se lancent dans une tentative d’interprétation de la pièce, qui, en souvenir d’un voyage à Thouars, s’intitule Souvenir d’un voyage à Thouars . Dès l’explication, vous allez sentir que l’édifice va être bancal, et durant l’interprétation, brève heureusement, vous allez entendre les commentaires des deux auteurs, qui n’entendent pas vraiment ce qu’ils auraient souhaité entendre. Mais savaient-ils ce qu’ils voulaient entendre ? Rien n’est moins sûr.

Comme ponctuation, vous aurez entre les pièces ou différentes parties de L’augmentation une discussion entre différents membres de l’Oulipo. Si Raymond Queneau et Luc Étienne seront mis en valeur, parce qu’audibles, ce ne sera pas le cas des autres, dont la voix sera couverte par des textes oulipiens ou pré-oulipiens de Marcel Benabou, Luc Étienne, Paul Fournel, François Le Lionnais, Jean Queval, Jacques Roubaud, Jacques Bens, Gustave Flaubert, Jean Lescure, Georges Perec, Latis, Raymond Queneau, Jonathan Swift, et Stéphane Mallarmé, textes rendus à la vie par la grâce de Michel Bouquet, Danièle Lebrun, Claude Piéplu et Jean Topart.
Enfin, ces trois heures que vous aviez devant vous sont passées derrière.
Vous allez pouvoir faire un tour de tout ou partie du monde qui vous entoure, à moins que vous ne l’ayez fait en écoutant AudioPerec.



Dernière édition par Curly le Sam 02 Jan 2021, 12:35, édité 1 fois

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Charles Dickens - 2 - - Mar 29 Déc 2020, 12:20

Le Grillon du foyer (08/07/1967) une fantaisie d’après Charles Dickens de Pierre Gripari
interprétation Roger Blin, Louis Arbessier, Jean Coste, Christian Lude, Denis Manuel, Pierre Pernet, Denise Gence, Françoise Ponty, Edith Scob, Jacqueline Staup, Nicole Tabaglio et Nicole Vassel
bruitages Claude Knosp
prise de son Daniel Toursière
réalisation Georges Peyrou

Une magnifique réalisation de cette adaptation qui fut portée aussi sur les planches en 1974.
En trois actes donc avec le premier et le troisième se déroulant chez le couple John/Dora (« Dot » chez Dickens), le second chez Caleb.
L’adaptation de Gripari est remarquable : l’univers de Dickens a fusionné avec celui de l’auteur des Contes de la Rue Broca.
Si Dickens équilibre sentimentalisme et humour, ce n’est pas le cas de Gripari, qui préfère le second au premier, sans faire disparaître toute émotion pour autant.
Les éléments comiques du conte sont largement développés, comme les maladresses de Tilly, la bonne qui oublie toujours où elle a laissé le bébé, d’une solidité à toute épreuve.
Même les éléments plus dramatiques sont à la frontière de la parodie, mais Gripari évite de plonger dedans.
Tout est dans Dickens, mais les effets comiques sont mis largement en avant, sans pour autant que l’aspect mélodramatique soit complètement mis de côté. D’ailleurs, Gripari termine sa pièce par une petite note de tristesse absente du conte (Bertha, l’aveugle, amoureuse de Crunch), qui lui se termine dans l’allégresse générale.
Le méchant marchand de jouet a changé de nom, il ne se nomme plus Tackleton mais Crunch, nom tout aussi dickensien, et qui rappelle le Scrooge du Chant de Noël. Crunch (Roger Blin), quoique méchant, devient un personnage comique, clamant à tout va qu’il est méchant, tout surpris à la fin de devenir gentil, et se consolant d’avoir vu passer sous son nez sa promise (Edith - « May » chez Dickens) en se disant que de toute façon elle est frigide.
Sinon, l’intrigue tourne toujours autour d’un mariage forcé, de l’apparition d’un vieillard mystérieux et d’un malheureux quiproquo entre Dora et son mari John, âgé de vingt ans de plus qu’elle.
Tous les acteurs marchent délicatement sur cette corde raide qui oscille entre émotion et comique pur.

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303
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Charles Dickens - 3 - - Mer 30 Déc 2020, 12:35

Si Peau d’Âne m'était conté - Le magasin d'antiquités (27/05/1960 Chaîne Parisienne) 
par Géraldine Gérard
avec Rosine Favey, Nelly Delmas, Jacques Hilling, Henri Poirier, Pierre Constant, Jean Amadou et Lucien Raimbourg.
réalisation René Jentet

La série Si Peau d’Âne m’était conté (1959-62) est constituée d’un court entretien avec une personnalité qui évoque ses lectures d’enfance, suivie d’une adaptation radiophonique prise dans le choix des invités.
L’émission de Géraldine Gérard et René Jentet va progressivement gagner en ambition en devenant en 1962 A l’enseigne du merveilleux (France II Régionale puis France Culture en 63) : disparition de l’invité, et des récits s’adaptant plus au format de 30mn. « Le magasin d’antiquités » en 25mn, c’est un peu compliqué…
En, 1966, nouvelle étape : René Jentet se permet plus d’audace, et l’émission passe à 55mn.
Lorsque dans l’entretien Géraldine Gérard s’offusque, de concert avec son invitée Hélène Gordon-Lazareff, de la cruauté de la Comtesse de Ségur ou d’Hector Malot, on peut se dire que c’est une coquetterie de circonstance de sa part.
Or, non. Si l’on regarde les histoires choisies pour « A l’enseigne du merveilleux », on ne peut que constater la haute idée que se faisaient Géraldine Gérard et René Jentet d’une émission enfantine : Balzac, Dickens, Andersen, Nodier, Pouchkine, Poe, Nerval, Flaubert (Julien L’Hospitalier), Marie de France, Wilde, Hoffmann, Kleist, Stevenson... sans compter les adaptations de contes traditionnels du monde entier.
L’émission va s’arrêter en mars 1968 avec « Mélusine et Raimondin ». La productrice déplorera cet arrêt en se livrant à un couplet anti-télévision.
Dans les dernières émissions, René Jentet y va tellement fort dans les expérimentations, que l’on passe bien au delà des barrières des émissions pour enfants.
Géraldine Gérard, qui a proposé depuis les années 40 (peut-être avant ?) des émissions enfantines, va néanmoins revenir à l’antenne, passant de France Culture à Inter Variétés, toujours pour adapter des récits d’auteurs illustres, mais sans René Jentet.
   
Avec « Le magasin d’antiquités », l’on en revient, plus encore que pour l’adaptation de « La petite Fadette » entendue récemment dans les Nuits, au problème de compression d’un roman de 1000 pages sur 25mn. L’adaptation se contente de deux/trois scènes choisies, qui donnent un ensemble bancal, sortes de miettes d’une histoire plus touffue. Heureusement encore que ce soit Dickens qui ait finalement été choisi, car Hélène Lazareff parle aussi avec beaucoup de chaleur de sa lecture de « Guerre et paix ». « Guerre et paix » en 25mn, c'est très compliqué...
René Jentet a d’ailleurs réalisé une merveilleuse version de « La guerre et la paix » en 1966 pour France Culture (actuellement disponible nulle part).

L'humour du monde - L'allumeur de réverbères (05/10/1968)
par Jean-Paul Le Chanois et Michel Arnaud
adaptation Michel Arnaud
interprétation Maurice Chevit, Bernard Lavalette, Georges Chamarat, Rosy Varte, Gérard Lartigau, Pierre Trabaud, Jacques Monod et Lyne Chardonnet
réalisation Claude Dupont 
Autre série, L’humour du monde, qui propose l’adaptation de vingt récits ou pièces de théâtre .
La particularité de l’émission est qu’elle est enregistrée en public en province, et plus exactement dans le sud-ouest, puisque nous voici à Pau.
La prise de son tend à atténuer un maximum le bruit de la salle, dont on n'entend presque rien. Curieusement, aucun rire du public, ni applaudissements à la fin. L’émission s’ouvre et se clôt avec un petit accompagnement au piano de Jean Wiener.
L’histoire courte et délirante de Dickens, à peine adaptée ici, est parfaitement interprétée, même si pour l’auditeur, une version en studio aurait été préférable, ne serait-ce que pour la qualité de la prise de son. En plus, l’inanité des réactions du public n’a aucune chance de galvaniser les acteurs.
Autre Humour du monde diffusé dans les Nuits, « Le crocodile » de Dostoïevski, cette fois-ci enregistré à Biarritz, avec Rosy Varte, Maurice Chevit, Jacques Dufilho, Georges Chamarat et Jacques Monod.

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Analyse spectrale de l'Occident : Karl Marx - Stendhal - Sam 02 Jan 2021, 12:34

Analyse spectrale de l'Occident

Karl Marx (06/03/1965) 
par Serge Jouhet
avec Louis Althusser (philosophe), Jean Bruhat (historien), Ernest Labrousse (historien, spécialiste de l’histoire économique et sociale), Jean Maitron (historien), Jacques Rougerie (historien, spécialiste de la Commune de Paris), Henri Burgelin  (historien), Jean Fourastié (économiste) et Maximilien Rubel (éditeur  spécialiste de Marx)
lectures Michel Etcheverry et Robert Martin 

Stendhal et le Beylisme (18/04/1964) 
par Pierre Sipriot
avec Julien Cain (haut-fonctionnaire), André Bourin (critique littéraire, producteur, écrivain), Jean Dutourd (écrivain), Marie-Jeanne Durry  (universitaire, poétesse), André Maurois (romancier, biographe,  conteur, essayiste), Henri Guillemin (critique littéraire, historien,  conférencier, polémiste, homme de radio et de télévision), Pierre Moreau  (linguiste et un théoricien de la littérature), Hubert Juin (poète,  romancier, essayiste, critique littéraire) et Christian Murciaux (écrivain)
lectures Silvia Monfort, René Clermont, Jean Leuvrais et Renaud Mary 

Comme à l’accoutumée, les Analyses spectrales sont découpées en plusieurs parties, montage de lectures d’essais, de discussions, d’entretiens, et de lectures, souvent brillantes, comme ici.
La qualité varie selon l’inspiration des intervenants.

Marx.
Le sujet est d’abord l’homme, et Serge Jouhet évite toutes questions épineuses en annonçant dans son introduction générale que ce qu’il est advenu du marxisme au XXème siècle ne sera pas abordé.
Retour au XIXème, et étude de l’homme et de son œuvre.
En compagnie de « marxologues », dixit Jouhet, mais de marxologues à « marxistes », il n’y a parfois qu’un pas. Pourtant, les intervenants vont éviter tout basculement dans le discours militant pour garder une relative distance avec le sujet.
Quatre parties :
- la philosophie, avec Louis Althusser, qui revient sur la continuité entre Hegel, Feuerbach et Marx. Et le passage de la philosophie à l’économie.
- Économie. Retour sur l’héritage de David Ricardo ou de Adam Smith avec Jean Bruhat, rejoint ensuite par Jean Fourastié. Discussion de haut vol des deux éminents économistes sur la notion de plus-value. Précisons que Bruhat est proche du PCF, et que Fourastié lui, plus proche du pouvoir alors en place.
- Avec Maximilien Rubel, les relations tumultueuses de Marx avec Proudhon, Bakounine et Ferdinand Lassalle.
- Histoire avec une discussion enflammée entre Ernest Labrousse, Jean Maitron, Jacques Rougerie et Jean Burgelin, qui s’emballent sur la formation en 1864 de la Première Internationale, dont on vient de commémorer les cent ans lors d’un colloque du Centre National de la Recherche, qui trouve un prolongement dans cette émission. De l’histoire « non partisane mais très technicienne ».
Une chanson tragique pour finir, un tube écrit par Eugène Pottier et mis en musique par Pierre Degeyter.


Stendhal.
Diffusée à l’origine le samedi entre 17h et 19h. Une voix annonce après le générique l’heure à laquelle nous retrouverons chaque partie de l’émission.
Plusieurs parties ont mal vieilli, le choix des intervenants y étant pour beaucoup. Plutôt que Jean Dutourd, il eut été préférable d’entendre les voix de Julien Gracq ou de Jean Giono, par exemple.
Les différentes parties, les titres annoncés ne correspondant pas toujours au contenu réel :
- Stendhal oublié et vivant, un portrait enthousiaste, très général, et psychologisant par Marie-Jeanne Durry.
- Poésie et vérité chez Stendhal par André Maurois. Plus intéressant, l’amour chez Stendhal, dans sa vie et dans ses romans, les deux étant liés. Et présentation claire de la théorie de la cristallisation. Aussi, la construction des romans, avec le retour d’un roman à l’autre d’une même structure narrative.
- Stendhal et Julien Sorel par Henri Guillemin. En réalité, Guillemin revient sur l’écriture de La Chartreuse de Parme.
- Stendhal classique ou romantique par Pierre Moreau. Il est question de la vie de Stendhal, de sa famille, de son caractère, de ses réactions aux évènements de son époque et de ses goûts.
- Présentation de Stendhal et le Beylisme de Léon Blum, par Julien Cain, suivie de la lecture d’un extrait par René Clermont.
- Stendhal vivant, une discussion entre Jean Dutourd, André Bourin, Hubert Juin et Christian Murciaux. Comment est perçu Stendhal en 1965 ? Conversation de salon absolument sans intérêt.

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Le soleil sous la neige ou les liturgies de l'hiver - Lun 04 Jan 2021, 18:50

La série suivante a été diffusée récemment dans les Nuits (29-12-20 au 02-01-21), mais comme la chaîne n’a pas souhaité créer de page sur son site, les liens renvoient à la précédente diffusion (2016).

Les chemins de la connaissance - Le soleil sous la neige ou les liturgies de l'hiver
par Claude Mettra (24 au 28/12/1984)
Mythes, contes, textes poétiques, accompagnés d’explications de la symbolique mise en œuvre dans chacun d’eux.
Les lectures sont de Laurence Drummond, Bernadette Onfroy et Yves Arcanel. Claude Mettra assure la partie explicative, mais aussi narrative. Il lui arrive de résumer certaines parties des histoires qui ne sont pas lues.
Quelques repères.
1-  Le Bœuf lunaire
Le bœuf dans l’Antiquité (la Bible, Pythagore), et chez William Blake. Le lien entre la Lune et le bœuf (les cornes), l’histoire de Saint Christophe.
2-  L'Aurore transfigurée
Merlin l’Enchanteur, puis l’étrange dans notre vie de tous les jours, récit d’enfance de Hermann Hesse, Vade-mecum des fidèles d’amour de Sohrawardî, Hildegarde de Bingen, la mère éternelle par Hermann Hesse, le Chant de l’Aurore à son lever.
3-  La Rédemption de Saturne
Le Dieu Saturne dans la mythologie, Saturne gardien des rêves chez Ovide, la Résurrection de la Chair, lecture d’un texte de Pietro Citati sur la Résurrection, l’histoire du dieu Shiva, l’Enchanteur Merlin lien entre les secrets du Ciel et la Terre.
4-  Les rêves de Jean et l'aigle prophétique
L’aigle qui tint compagnie à Jean dans l’île de Patmos, la mythologie de l’aigle notamment en Syrie, une histoire de résurrection dans un texte de George Ripley, hermétiste anglais du XVème siècle (et non XVIème comme le dit Mettra), une autre, issue des Douze Clefs de la Philosophie de Basile Valentin (XVIème siècle)
5- Les mages étoilés
Les rois mages guidés par un signe céleste, explication de l’expression « être né sous une bonne étoile » et un conte d'Oscar Wilde, L’enfant-étoile, qui constitue l'essentiel de cette dernière émission.

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Magie et vérité des sons - Sam 09 Jan 2021, 16:05

Magie et vérité des sons par Guy Erismann – réalisation Janine Antoine
Suite de « l’enquête sur l’art et l’usage des enregistrements sonores » dont les précédents numéros ont été plus ou moins commentés en juillet/août dernier, cf billets du 11 et 22 juillet, 4, 7 et 27 août.

10 – Gérard Michel (18/08/1964)
Gérard Michel est alors directeur de la discothèque de l’ORTF. Il en explique dans un premier temps le fonctionnement ainsi que le système de classement des disques.
Toutes les nouveautés sont achetées, en plusieurs exemplaires suivant les titres : il peuvent ainsi être sortis par plusieurs producteurs en même temps.
Les disques rares, non disponibles en France, arrivent aussi dans la discothèque. Gérard Michel constate d’ailleurs que des pièces contemporaines de compositeurs français sont souvent disponibles uniquement à l’étranger, surtout aux États-Unis.
Quelques courts documents sont diffusés :
- le final du Louisville Concerto de Jacques Ibert
- deux extraits de disques de bruitages, « un vol d’abeilles sauvages » et l’abordage d’un navire.

Puis dix enregistrements pris dans la section des archives de la discothèque centrale :
- L’Hymne National tzariste (1898)
- Une tarentelle du violoniste Pablo Sarazate interprétée par lui-même (1904)
- Sarah Bernhardt, en 1903, qui, se languit et brûle pour Thésée, à tel point que c’en est terrifiant
- Mary Garden dans l’arioso de Thaïs de Massenet (1904). La prise de son est ce qu’elle est, l’orchestre perdu dans fond sonore lointain et la voix de la cantatrice déchirant nos tympans.
- Pablo Casals dans un allegro de Boccherini (1919)
- un sketch de Firmin Gémier (1919) sur le syndicalisme. L’aspect comique n’est plus clairement perceptible
- Joséphine Baker en 1929 dans Dinah, qui est devenu immédiatement un standard du jazz interprété par Louis Armstrong, puis plus tard par Thelonious Monk, Martial Solal…
Cf aussi la troisième partie de la série sur le music-hall (Nuits Magnétiques, 1978)

                                                                                                

- L’humour n’était pas compréhensible par le commun des mortels avec Firmin Gémier, il est toutefois clairement compréhensible dans cette grandiose interprétation de Sambre et Meuse par Enrico Caruso, un incunable qu’il fallait effectivement avoir envie d’aller chercher.
- La princesse Elizabeth d’Angleterre en 1940 dans un message adressé aux enfants. La princesse a depuis pris du galon.
- Le violoniste Eugène Isaÿe en 1919 dans la Danse hongroise n°5 de Brahms.

Gérard Michel fait ensuite l’éloge de l’enregistrement, et lui a un point de vue différent de ceux de certains des précédents invités. Il préfère l’enregistrement aux concerts, pour le confort, et aussi pour la programmation. Il critique les programmes des concerts classiques qui proposent toujours les mêmes œuvres, pas toujours aussi bien jouées que sur certains microsillons.
Le point de vue de l’invité de l’émission suivante sera peut-être plus nuancé, mais rejoindra pour l’essentiel celui de Gérard Michel.
Il parle de ses pratiques d’écoute, de l’achat de ses premiers disques au début de la guerre et de la piètre qualité des disques pendant l’Occupation. Il s’est pris de passion pour les musiques des XIVème au XVIIème siècle qui étaient tombées dans l’oubli et qui sont à ce moment enregistrées : Guillaume de Machaut, Josquin des Prés, Monteverdi...

Le portrait qu’il dresse des pratiques d’écoute de sa famille est une belle image d’Epinal : ses filles écoutant les yéyés, ses garçons écoutant Beethov’ et lui écoutant de la musique classique du XXème siècle, Berg, Honegger, Bartok, Martinů, Stravinsky et Jolivet, ainsi que des concertos pour violons, tous les concertos pour violons.
Mais sa compagne, qu’écoute-t-elle ? Un oubli symbolique...

Dans une dernière partie, Gérard Michel présente un petit programme qu’il a concocté. Pour lui, peu importe la manière dont les disques sont enregistrés (montage avec mélange de prises…), seul le résultat compte.  
- le troisième mouvement de la « Fresque » de Martinů, inspiré par Piero Della Francesca.
Un pièce rarement proposée en concert. Le disque est alors essentiel.
- un extrait d’un oratorio conçu pour l’enregistrement, « Les perses » de Jean Prodomidès
- un autre de « Jeanne au bûcher » d’Arthur Honegger
- et un dernier de la pièce « La voix humaine » de Jean Cocteau avec Gaby Morlay
- une romance de Juan Ponce (XVIème siècle), « Como esta sola », par l’Ensemble Polyphonique de Paris dirigé par Charles Ravier
- Teresa Berganza dans un air de Mozart
- la cavatine extraite de « Aleko », opéra de jeunesse de Rachmaninov, interprétée par Nikolai Ghiaurov
- «Le spectre de la rose » extrait des « Nuits d’été » de Berlioz par Régine Crespin, avec l’Orchestre de la Suisse Romande dirigée par Ernest Ansermet
- « Jeux du cirque » extrait des « Fêtes romaines » de Respighi, par l’Orchestre Symphonique de Londres dirigé par Sir Eugène Goossens
- Largo et Allegro risoluto du Concerto pour flûte de André Jolivet avec Jean-Pierre Rampal, Orchestre des Concerts Lamoureux dirigé par le compositeur.

                                                                    

11- Jean Hamon (19/08/1964)
Le critique Jean Hamon est « convaincu de la valeur artistique du disque », c’est un « objet artistique », et à ce titre il évoque deux choses :
- le rôle des techniciens lors des enregistrements. Il constate aussi qu'aucun compositeur n’a pensé à écrire spécifiquement pour le disque.
- les livres étant détaxés, il faudrait que le disque le soit aussi.
Et là, il sépare les enregistrements « artistiques » des enregistrements de variétés qu’il ne souhaite pas voir détaxés. Très discutable : si tous les livres sont détaxés, sans tenir compte de leur valeur intrinsèque, tous les disques doivent l’être aussi, sans exception.
Lui aussi revient sur l’importance du disque pour la musique contemporaine, qui peut être plus largement diffusée que lors d’un concert.

Jean Hamon, contrairement à l’invité précédent, ne souhaite pas se couper du concert.
Dans un enregistrement de concert ou dans un enregistrement studio, les grands interprètes ne perdent rien, alors que les médiocres vont être meilleurs sur disques, les traficotages étant possibles.
Le concert doit toutefois bénéficier d’une prise de son fidèle à l’acoustique de la salle, les quelques éternuements des spectateurs étant négligeables.
Les classements de type « Tribunes du disque » sont condamnés, comme ils l’ont été dans les précédentes émissions. Comparer plusieurs grandes interprétations peut être passionnant, mais établir un classement est ridicule.

Le critique émet une hypothèse concernant les réticences des compositeurs contemporains à voir publier leurs œuvres sur disque : peut-être en entendent-ils alors les faiblesses.  
Remarque curieuse : par exemple Stravinsky a enregistré sur disque lui-même la totalité de ses œuvres, parfois plusieurs fois. Et puis les compositeurs contemporains, ceux des années 60, ont pu diffuser leurs œuvres à travers le monde d’abord par le disque, faute de concerts.

Or, pour enregistrer une pièce contemporaine, il faut plus de répétitions, un travail plus important que pour une pièce « classique » dont la partition est mieux maîtrisée par les interprètes.
La conséquence est le prix plus élevé de l’enregistrement, et donc de celui du disque, que Jean Hamon propose donc de détaxer.

Le programme musical
- Dernier mouvement du « Concerto pour flûte et orchestre » de Jacques Ibert avec Jean-Pierre  Rampal, orchestre des Concerts Lamoureux dirigé par  Louis de Froment
- 11ème Nocturne en fa dièse mineur, opus 104 n°1 de  Gabriel Fauré par Éric Heidsieck
- Le premier quart d’heure de « Salomé » de Richard Strauss avec Birgit Nilsson, Orchestre Philharmonique de Vienne dirigé par Georg Solti
     
- Deux pièces diffusées dans leur intégralité :
« Le combat de Tancrède et Clorinde » de Claudio Monteverdi par l'ensemble de Lugano, dirigé par Edwin Loehrer
et le Concerto pour guitare et orchestre de Maurice Ohana avec Narciso Yepes
     
- Et le dernier mouvement du Concerto pour violoncelle n°1 d'André Jolivet avec André Navarra et l’orchestre national de l'ORTF dirigé par Dimitri Chorafas, enregistrement public.

Les deux émissions ont beaucoup parlé de musique contemporaine. Les choix des invités se sont portés sur des compositeurs nés au tout début du XXème siècle (Ohana, Jolivet) ou à la fin du XIXème (Martinů), passant sous silence toute la génération née en 1925/30, qui a écrit dans les années 60 quelques pièces mémorables.
Le seul compositeur de cette génération qu’il nous est donné d’écouter est l’académique Jean Prodomidès.
Rien sur des compositeurs plus jeunes comme Boulez, Berio, Stockhausen, sans doute pas un hasard… ni sur Ligeti, Penderecki, Nono etc. dont il existait, en 1964, quelques enregistrements sur disque.

                                                            

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Dans leur intimité - Tristan Bernard (1969) - Jeu 14 Jan 2021, 12:30

Dans leur intimité - Tristan Bernard (07 & 14/12/1969) 
par Nicole Strauss et Philippe Derrez
réalisation Alain Barroux 
Dans la même série : Charles Péguy et Georges Feydeau.

Le principe de l’émission est d’enchaîner les témoignages de ceux qui ont connu Tristan Bernard avec quelques textes lus.
Le seconde partie traite plus spécifiquement, mais pas exclusivement, des relations entre Bernard et Jules Renard.
Le plus réussi de l'ensemble sont les lectures. En fait ce sont plus que des lectures. Les textes sont interprétés par des acteurs de choix.
Les textes sont, soit des histoires courtes, soit des saynètes savamment mises en onde.

Alors bien sûr, il y a un petit côté désuet, mais en même temps, Tristan Bernard est capable, à partir d’une idée comique, d’en exploiter tout le potentiel en quelques minutes.
Dans certains textes, le comique se colore mine de rien de tragique, comme l’histoire racontée en ouverture, celle de l’aveugle paralytique qui se crée une vie sociale plus intense que ceux qui l’entourent.
Les dénouements des histoires sont parfois prévisibles, se devinent assez rapidement, et Tristan Bernard joue aussi avec le plaisir que l’auditeur/spectateur/lecteur peut avoir à retrouver le dénouement qu’il attend.
Se distinguent, dans la première partie, une saynète (« Antoinette ») qui exploite le théâtre dans le théâtre, une spectatrice parasitant la représentation pour mettre en valeur sa fille qui interprète un personnage très secondaire, et dans la seconde, une histoire de figurant, Bilu, qui va rendre suffisamment chèvres le producteur et le metteur en scène, pour se retrouver propulsé au devant de la scène, sans avoir fait preuve d’aucun talent, bien au contraire.

Les textes interprétés sont,
dans la première émission,
« Sociabilité », avec René Clermont, Yves Peneau, Jacques Gaffuri et Ludmila Hold
« Une épreuve » avec René Clermont et Philippe Derrez
« Le captif » avec Josette Harmina, François Périer et Philippe Derrez
« Antoinette ou le retour du marquis » avec Ludmila Hold, Josette Harmina, Yves Peneau, Jacqueline Rivière, Jacques Gaffuri, Philippe Derrez et Jean-Jacques Steen

dans la seconde,
« L’heureux chasseur » avec François Périer
« Le gendre » avec Josette Harmina, Philippe Derrez et Yves Peneau
« Bilu » avec Philippe Derrez, René Clermont et Jean-Jacques Steen
« Le prix de Diane » avec François Périer, Yves Peneau, Philippe Derrez, Josette Harmina, et René Clermont.
(Source Inathèque)

La correspondance, les lettres de Tristan Bernard sont lues par René Clermont et celles de Jules Renard par Jean Topart.

Pour le reste, l’émission est menée par Nicole Strauss et François Périer. Leur conversation enfile les superlatifs, et c’est aussi souvent le cas pour les témoignages de proches. A chaque fois dans ce type d’exercice, le défunt a toujours toutes les qualités, le discours est policé.
Entre la réalité et la légende, on imprime la légende…
Faire témoigner des proches ou des connaissances ne nous approche pas nécessairement de la réalité du personnage.

On peut entendre,
dans la première émission,
un de ses fils, Raymond Bernard, cinéaste qui a réalisé quelques films importants dans les années 20 et 30 (« Les croix de bois », « Les misérables » avec Harry Baur...), la suite de sa carrière étant plus alimentaire  (« La belle de Cadix » for example),
Paul Vialar, Marcelle Parisys, Marcel André, Carlo Rim.
Dans la seconde, Roland Dorgelès.

Dans les deux émissions, il arrive un moment où un point épineux, douloureux, est évoqué, celui de l’antisémitisme, dont a souffert Tristan Bernard.
D’abord dans la première, au bout d’une heure, il est question de son emprisonnement au camp de Drancy, et dans la seconde, au détour d’un témoignage de Dorgelès sur le fait que Bernard n’a jamais pu être élu à l’Académie Goncourt ou à l’Académie Française, de l’antisémitisme qu’il a certainement subi tout au long de sa vie.

L’émission s’attarde plus longuement sur ses amitiés, ses talents de comédiens, sa correspondance.

Sur les deux producteurs :
Nicole Strauss a adapté à la fin des années 50/début 60 les albums de Tintin pour la radio, une réussite, cf ici et ici.
Elle a aussi adapté deux aventures de Blake et Mortimer, « SOS météores » et sa suite, « Le piège diabolique », cf pas ici, mais .

Philippe Derrez, a, quant à lui, adapté « Le mystère de la chambre jaune ». De plus, il y interprète l’acolyte de Rouletabille, l’avocat Sainclair.

Pour Tristan Bernard :
Série « Le théâtre où l’on s’amuse », émission de Philippe Soupault & Jean Chouquet, présentée par Maurice Biraud et Chouquet. Présentation un peu longue parce que c’est la toute première de la série (12-10-53).
« Le peintre exigeant », couplé avec « Hortense a dit j’men fous » de Feydeau.
La pièce de Bernard est interprétée par Nicole Vervil et O’Brady, Jacques Morel, Denise Benoit, Jacques Legras, Jacques Dynam, Solange Certain, Michèle Gilbert, et José Artur.

Et puisque nous y sommes, la distribution de la pièce de Feydeau : Pierre Destailles, Paule Emmanuel, Sophie Desmaret, Jean-Marc Thibaut, Maurice Biraud, Fernande Albany, Roger Pierre, Jacqueline Maillan, et Jacques Hilling.
La série avait pour but de présenter des pièces comiques, quelques classiques, mais aussi des pièces moins connues, interprétées par des acteurs venant essentiellement du café théâtre ou du boulevard.

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Abel Gance - Yves Lacoste - Jean-Claude Roché - James Agee - De l'acteur à l'ordinateur - Lun 18 Jan 2021, 16:15

Les samedis de France Culture - La musique de la lumière : Portrait d'Abel Gance (20/03/1982) 
par  Philippe Esnault
réalisation Bernard Saxel
avec Raymond Borde (critique de cinéma, essayiste),  Léonce-Henri Burel (directeur de la photographie), Jean Dréville (cinéaste), Samson Fainsilber (comédien), Simon Feldman (ingénieur aux Studios de cinéma de Boulogne-Billancourt), Roger Icart  (historien du cinéma, spécialiste d'Abel Gance) et Jean Mitry  (historien, critique, théoricien français du cinéma)
     
Dans cette émission diffusée peu de temps après le décès de Gance survenu fin 1981, Philippe Esnault interroge plusieurs historiens du cinéma éminents, qui ont pour la plupart assisté aux premières des grands films de Gance, et aussi quelques techniciens. A cet égard, en fin d’émission il est intéressant d’entendre Simon Feldman raconter la mise au point d’une prise de vue complexe, ou Léonce-Henri Burel évoquer la réalisation d’un plan explosif.
Pour le reste, Philippe Esnault a choisi de focaliser son émission sur les débuts de Gance, son enfance, son passage au théâtre et ses premiers films, sur quelques films postérieurs à Napoléon, ainsi que sur quelques projets non réalisés, au premier chef son Christophe Colomb que Gance a tenté de monter de la fin des années 30 jusqu’aux années 70. Le rôle était finalement prévu pour Marlon Brando.
Philippe Esnault a monté différents entretiens réalisés au fil des ans pour ses « archives sonores du cinéma français ».
Les intervenants parviennent à cerner l’homme, mais moins bien l’œuvre, ce qui est compréhensible. Malgré tout l’enthousiasme dont ils peuvent faire preuve à l’égard de certains films de Gance, ce sont d’abord les défauts qui viennent en tête plutôt que les qualités : grandiloquence, mélodramatisation en diable, jusqu’au ridicule.
Ces trois grands films, « J’accuse », « La roue », et « Napoléon », ont été tellement sabotés après leur première, y compris par Gance, que l’on ne pouvait, en 1982, que se fier aux témoignages des historiens vénérables.
En 1982, « Napoléon », nous en étions à la reconstitution du films produite par Francis Ford Coppola, ce qui n’était déjà pas si mal, mais loin d’être suffisant.

                                                                Le programme de nuit, îlot de culture (II) - Page 31 Opera752
                                                                       
Aujourd’hui, ces trois films ont presque retrouvé leur lustre d’antan, et effectivement, ils sont grandioses…mais c’est vrai que les défauts remarqués dans l’émission demeurent intacts.
Dans les années 20, alors que « Napoléon » passait sur les écrans, la conception qu’avait Gance du cinéma était déjà dépassée. En 1927, le film muet était à son apogée, avec Murnau, Eisenstein, Lang, Ford, Walsh…
Et même Griffith, auquel est souvent comparé Gance dans l’émission, était progressivement tombé dans l’oubli. La comparaison avec Griffith rappelle que l’américain, lui, avait pu tourner une œuvre bien plus dense, étant capable de tourner des films plus intimistes et moins coûteux. Le jeu des acteurs chez Griffith est aussi plus sobre.
Mitry et Borde soulignent que Griffith n’a pas pu jouer en France un rôle très important, à l’instar de Gance : « Intolérance » est sorti en plein de guerre, en 1916, passant inaperçu, et « Naissance d’une nation », interdit jusqu’en 1923 pour des raisons identiques à celles qui scandalisent aujourd’hui ceux qui semblent découvrir l’histoire du cinéma (sans nécessairement voir les films), croyant découvrir quelque chose que bien d’autres avaient déjà découvert il y a maintenant cent ans.
Bref, les historiens de l’émission passent beaucoup de temps à tenter de cerner l’œuvre, en séparant, chose un peu trop facile mais tellement tentante il est vrai, le fond et la forme comme on sépare le bon grain de l’ivraie.

                                                             
Les chemins de la connaissance - Le géographe et le paysage
Parties 1 à 3, du 22 au 24/10/1984
Parties 4 à 5, 25 et 26/10
François Maspéro et le géographe Yves Lacoste, le 17 et 18 juillet 1984, se rendent sur le site de Turenne, en Corrèze. Lacoste se livre à une analyse complète du site mettant en relation histoire, géographie, et géologie.
D’une émission à l’autre, les deux hommes se rapprochent ostensiblement du haut de la butte. La dernière partie, descente et arrêt devant la maison d’Yves Lacoste.
Le paysage est scrupuleusement décrit, expliqué dans tous ses recoins.
La cinquième partie est particulière, moins dense, encore que tout soit relatif... Les propos sont plus généraux, portent sur les liens entre politique et géographie, en passant par la figure d’Elisée Reclus.
Concernant la géographie électorale telle qu’étudiée par les socios-popos : « les choses sont plus compliquées que les relations de cause à effet qu’on établit actuellement – depuis longtemps en fait -  entre les structures socio-professionnelles et les orientations politiques à gauche et à droite. Il faut tenir compte d’un ensemble de facteurs plus compliqués. »

                                                                        Le programme de nuit, îlot de culture (II) - Page 31 Opera753
                                                                           
Nuits magnétiques - Un oiseau au micro, ou l'univers sonore de Jean-Claude Roché (26/02/1998)
par Pascale Mons - réalisation Marie-Laure Ciboulet
Rencontre avec Jean-Claude Roché, chez lui, à Manses. Il présente et commente plusieurs de ses enregistrements d’oiseaux. Puis, hors du studio, séance d’enregistrement.
Un grand moment, le passage d’un enregistrement en vitesse lente, qui permet d’entendre des nuances infimes inaudibles pour nous à vitesse normale.
Et des explications passionnantes : par exemple, les oiseaux introduisent dans leurs chants les sons environnants.
Dans une dernière partie, Jean-Claude Roché raconte les visites d’Olivier Messiaen, qui passait des journées entières à faire des transcriptions de ses enregistrements. La musique de Messiaen, à partir des années 50, est inspirée par les chants d’oiseaux.
Les accompagnements musicaux sont très variés : Nougaro, Chostakovitch, et Ennio Morricone à la fin (musique du film de Pasolini «Des oiseaux petits et grands »)          

Nuits magnétiques - James Agee : biographie (21/01/1981) 
par Olivier Kaeppelin  - réalisation Mehdi El Hadj
Une ballade dans la vie et l’œuvre de l’écrivain et journaliste américain. L’œuvre dont il est surtout question est « Louons maintenant les grands hommes », récit documentaire sur le travail des cultivateurs dans le sud des États-Unis durant les années 30.
L’émission se perd un peu dans l’analyse psychologisante – le trauma lié à la mort du père.
Nous pouvons entendre, outre les lectures, surtout de « Louons maintenant... », quelques portraits d’Agee par Charles Chaplin, Auden et John Huston, et la voix de Jean Malaurie, Jean Queval, Geneviève Fabre et Jean Taricat.
James Agee a aussi écrit deux scénarios, celui d’« African Queen » de John Huston et celui de « La nuit du chasseur » de Charles Laughton.

Les samedis de France Culture - Le paradoxe du comédien, version 2000 :  De l'acteur à l'ordinateur (15/02/1975) 
par Alain Barroux
avec Judith Magre, Silvia Monfort, Madeleine Renaud, Jean Négroni, Jean-Louis Trintignant, François Périer, Michel Bouquet, Michel Piccoli, et Emile Leipp (maître de recherches au CNRS, directeur du laboratoire d'Acoustique à l'Université Paris VI)
réalisation Alain Barroux
Une fausse bonne idée : mettre en lien le métier d’acteur et les travaux de l’acousticien Emile Leipp qui a reconstitué la voix humaine par le miracle de la technologie.
Première heure, de grands acteurs, certes, mais qui enfilent les perles. De la grandeur et des difficultés d’être acteur en 1975.
Ensuite, les trois derniers quarts d’heure : présentation de la voix synthétique par Émile Leipp, une voix à la limite du compréhensible et qui ne risque pas de faire de l’ombre aux acteurs entendus auparavant. Les acteurs reviennent pour réagir, ils vivent cette nouveauté comme un véritable affront, comme si cette voix inaudible allait pouvoir les remplacer sur le long terme.
Aucune réflexion censée ici, juste une succession de réactions épidermiques sans aucun intérêt.
Dommage, car, le recul de 45 ans aidant, il aurait fallu envisager la machine comme complément, comme nouvel élément, et non comme un substitut.
L’émission reste dans l’air du temps de l’époque, spéculant sur un avenir fantasmé de pacotille.

                                                                                    

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Spinoza (Les samedis de France Culture, 1978) - Dim 24 Jan 2021, 13:15

Les samedis de France Culture - Avez-vous lu Baruch ? ou Portrait présumé de Spinoza (04/03/1978) 
par Michèle Cohen, Janine Antoine et Pierre-François Moreau - Avec  Jean-Toussaint Desanti (philosophe), M. Goldsmith (bibliothécaire de  l'école EZRAIM) André Chouraqui (avocat, écrivain, homme  politique), Henry Méchoulan (docteur ès lettres), Sylvain Zac (historien de la philosophie), Edmond Jabès (écrivain), Alexandre Matheron (philosophe), Gilles Deleuze (philosophe), Jacob Tarbes, Roger Lewinter (écrivain, metteur en scène, traducteur) et Guido Van Suchtelen
lectures : Bernard Noël, Louis Charles Sirjacq, Claude Piéplu, Jean Bollery, Jean Daive, Frédérique Meninger, Thérèse Vermeulen, Anna de Carvalho
réalisation Michel Créis
Une émission qui croise différents aspects de la vie et de la pensée de Spinoza, tout en dressant un portrait de la Hollande au XVIIème siècle.
La réalisation lorgne parfois vers les Ateliers de Création Radiophonique : superpositions de voix, entrelacement de différents témoignages dont il n’est gardé que l’essence, avec aussi un voyage en Hollande pour visiter la maison de Spinoza.
La famille de Spinoza, la religion, les mathématiques, l’Éthique, avec une comparaison inattendue entre le début de l’ouvrage du philosophe et celui d’« Aurélien » d’Aragon, la politique, la notion de volonté et de liberté, et l’opposition Spinoza/Descartes.
Gilles Deleuze, dans son brillant et passionnant discours extrait d’un colloque, ne peut s’empêcher d’envoyer une pichenette à Freud.
Une émission riche, tant sur le plan du contenu que de sa réalisation, qui rend l’écoute agréable.
Si l’émission utilise de nombreuses musiques de l’époque, le générique, début et fin, utilise l’ouverture de « Stimmung » de Stockhausen.

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La foudre : rupture éclair, diamant divin - Jeu 28 Jan 2021, 18:12

La matinée des autres - La foudre : rupture éclair, diamant divin (04/04/1995) – diffusion le 18-01-2021, pas de lien
par Pascale Lismonde
L’émission ne se limite pas à l’explication scientifique du phénomène naturel.
Les mythes associés à la foudre, avec Claude Gaignebet, mais aussi son utilisation dans l'art. Yann Paranthoën raconte comment il en est venu à enregistrer un orage en Bretagne, alors qu’il était au départ venu enregistrer un artisan. On peut entendre quelques uns de ses enregistrements d’orages, les deux dernières minutes en laissent entendre un, sans aucun commentaire.
Alex Hermant, lui, est un « chasseur » d’orage, mais il préfère le terme de « quête ». Il va les photographier, les filmer. Claude Gary revient sur les expériences de Benjamin Franklin, mais il met au dessus de lui le physicien français Jacques de Romas.
L’émission croise différentes disciplines, et cette variété en fait tout son prix.
On peut entendre, en guise ponctuation, un texte de Jacques Roubaud, «L'un déchire, le second brûle, le troisième tranche l'air »,  lu par Jean Pennec.
Le choix de musiques synthétiques fadasses et passe-partout est bien malheureux, les enregistrements d’orages et autres bruits d’éclairs fracassants suffisaient largement.


avec Costis, artiste plasticien
Alex Hermant, photographe, créateur de La maison de la foudre à Marcenat, qui a fermé ses portes en 2013
Gérard Berger et Claude Gary, ingénieurs
Claude Gaignebet, Danièle Chouet Bertola et Muriel Bloch pour les mythes et les contes
réalisation Claude Giovannetti

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Atelier de création radiophonique - Bertolt Brecht 73, la grande méthode - Ven 29 Jan 2021, 19:54

Atelier de Création Radiophonique - Bertolt Brecht 73, la grande méthode (19/06/1973) 
par Jean Thibaudeau
avec Marianne Barzilay, Serge Bruna-Rosso, Nicole Davoli, Gérard Germain, Jean Jachimiak, Sylvie Lacroix, Pierre Olivieri, Edgar Roskis, Jean Sayag, Jimmy Shuman, Monique Teodosijevic et José Tovar Estrada
réalisation Janine Antoine 
Jean Thibaudeau propose d’entrelacer des extraits de l’enregistrement de l’audition de Bertold Brecht auprès de la Commission des activités anti-américaines en 1947 avec quelques-uns des textes théoriques du dramaturge. Au bout d’une heure, apparaissent les témoignages de membres du Berliner Ensemble ayant travaillé avec lui.
On peut aussi entendre quelques courts extraits de Ozeanflug enregistré pour la radio allemande, et Galileo Galilei pour la radio française, extrait pris dans l’émission « Anthologie étrangère » du 20/04/1960, avec Michel Bouquet et Henri Virlogeux.
L’idée de fragmenter les enregistrements permet de faire apparaître plusieurs contradictions :
- écrits théoriques, surtout extraits de Petit organon pour le théâtre, à connotation fortement communistes et Commission des activités anti-américaines, où Brecht tente de dépolitiser un maximum son œuvre, provoquant à certains moments l’hilarité dans la salle du fait de sa mémoire défaillante.
- discours pour un théâtre de divertissement pur et volonté de faire une œuvre à message, à visée didactique
- textes de théorie sur le théâtre et témoignage d’acteurs affirmant que la pratique du théâtre intéressait Brecht avant tout autre chose.
Au bout d’une heure et demie Jean Thibaudeau estime que nous en avons assez entendu de cet interrogatoire sans fin, et propose la lecture à plusieurs voix d’extraits de Me-Ti ou le Livre des retournements et de poèmes de la fin des années 40/début des années 50, qui proposent une résolution possible de ces contradictions : « Les compromis sont souvent nécessaires ».
En fond, des sons sans lien logique à priori avec le texte. Ce texte aride, peu divertissant en effet, politiquement très marqué, déraille vers sa fin, au moment où les différents lecteurs s’en amusent, sans tenir compte de son sens premier, où une des lectrices peine à lire un mot sans qu’il soit décidé de la couper au montage. Mise en abyme de l’enregistrement de l’émission en train de se faire, effet de distanciation classiquement brechtien ayant passablement vieilli.

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