Forumactif

Forum des auditeurs passionnés et critiques de France Culture

france culturelongpont demainGoogle

Le forum des auditeurs critiques de France Culture

 

Le Deal du moment : -12%
SAMSUNG Galaxy M13 64Go 4G Light Blue à ...
Voir le deal
149 €

Vous n'êtes pas connecté. Connectez-vous ou enregistrez-vous

Regards sur France Culture » LES FORUMS » France Culture » Le programme de nuit, îlot de culture (II)

Aller à la page : Précédent  1 ... 21 ... 38, 39, 40 ... 44  Suivant

Accueil / France Culture

Le programme de nuit, îlot de culture (II)    Page 39 sur 44

Bas de page ↓   

Curly 


381
Répondre en citant  
Aux sources de la parole - Afghanistan - La Terre - Les mystères de Paris - Georges Feydeau - La caporal épinglé de Jacques Perret - Lun 10 Jan 2022, 18:55

Surpris par la nuit - Aux sources de la parole (04 et 05/12/2007)
1 : Le chant des  oiseaux, l'origine  & 2 : Le langage tambouriné, un lien entre le son et le sens
par Nicolas Fontaine
avec Michel Boccara (ethnologue), Pierre Palengat (enregistreur de sons animaliers), Fernand Derroussen (audio-naturaliste), André Bouché (enregistreur de sons animaliers) et Guilhem Lessafre (ornithologue)
réalisation Pierre  Willer

Très inégal. Certains intervenants, notamment Michel Boccara, ont tendance à se mettre en scène, à s’écouter parler, à tout ramener à leur propre personne. Les créations sonores faites à partir des chants d’oiseaux ne sont pas éblouissantes, il y a beaucoup d’ethnocentrisme, voire parfois, comme précisé plus haut, d’égocentrisme. Certaines considérations personnelles sont non seulement discutables, mais en plus d’un intérêt moyen.
Est-ce que le chant des oiseaux est un langage ou non ? Un cri, est-ce que cela peut être considéré comme du langage ? Un langage peut être aussi de la musique ? Nous répondrons oui à toutes ces questions, alors que certains tergiversent longuement là où il n’y a rien à ajouter.
Pour les oiseaux, nous préférerons de loin la nuit magnétique avec Jean-Claude Roché, « Un oiseau au micro » (26/02/1998).
Pour le langage tambouriné, mêmes défauts, et l’on aurait préféré entendre plus longuement France Cloarec-Heiss sur les banda linda, au lieu des généralités surjouées de Michel Boccara.
Quelques bons passages quand même, comme la fabrication du bendré, des démonstrations percussives…
 
Il existe une troisième partie, fraichement diffusée en ce jour et non écoutée encore, Le silence : au fondement de la parole (06/12/2007)
     
Nuits magnétiques - Afghanistan, mort d'une culture (21/02/1980) 
par Claude Hudelot
avec Roland Michaud, Marie-José Lamotte, André Velter, Sabrina Michaud et Mike Barry
réalisation Bruno Sourcis

Ethnocentrisme encore, mais encore plus prononcé.
Chacun regrette la disparition de l’Afghanistan moyenâgeuse. Certains passages font sourire, comme lorsque l’un de nos guides admet que c’est une société dirigée par les hommes, mais bon la femme est importante quand même, et puis ça reste bon enfant…
La réalisation est moins travaillée que pour l’émission précédente, mais il y a quand même, parmi quelques gros morceaux d’impressions personnelles peu passionnantes, une description générale de la société afghane d’avant 1978/79.

La matinée des autres - La Terre dit : je suis la plus vieille (19/06/1984) 
par Maryse Condé
avec Jean Dethier (architecte), Emile Ologoudou (sociologue béninois), Alphonse Tay (ethnologue togolais), Louis-Vincent Thomas, Zaïni Moulaye (chercheur malien), Youssouf Gueye (chercheur sénégalais), Bernard Desjeux (photographe français) et Boubakar Doumbia (chercheur sénégalais)
réalisation Mireille Krauss

Les liens entre les humains et la Terre dans différents pays africains : la construction du village, le lien avec la fertilité évidemment, l’agriculture, la maladie (la variole est une vengeance de la Terre), le désert du Sahara, l’architecture en terre…
Doit-on rappeler que l’absence de direct, l’effacement de la productrice devant ses interlocuteurs, la magie du montage, qui dans ce type d’émission est particulièrement efficace, le choix du sujet, envoient les moulinés actuels direct au tapis ? Est-ce bien nécessaire ? Le rappel étant dans la question, laissons tomber.

Festival de Vaison la Romaine  - Les mystères de Paris
 (06/09/1970)
d’après Eugène Sue, adaptation Albert Vidalie
interprétation Germaine Montero, Catherine Hubeau, Inès Nazaris, Jean-François Calvé, André Weber, Jean Péméja, Arlette Vafides, Liliane Gaudet, Jacques Degor, Jacques Alric, Pierre Nègre, Gérard Dournel, Claude Richard, Gaétan Jor, Jacques Maire, Roger Desmare, François Gamard, Louis Amiel et René Moreau (trompette)

La mise en scène du spectacle, dont c’est la captation publique, est de Jean-Jacques Vierne, qui a aussi assuré la réalisation radiophonique. Malgré un travail de montage qui rend le spectacle un tant soit peu radiophonique, malgré l’ajout d’un narrateur faisant le lien entre l’auditeur et la scène, l’aspect scénique prend le dessus. Le jeu des acteurs, la puissance de leur voix, passe mal à la radio.


                                                                                                 Georges Feydeau - suite

D'abord deux pièces parmi les premières de l’auteur, Les célèbres, court monologue inspiré par la bêtise humaine, source intarissable de rire. Le comique repose sur la répétition de certaines formules, sur un raisonnement absurde mais lourd car sans dérapage incontrôlé.
Ce pourrait être sans problème du stand-up laborieux, comme il y en a beaucoup aujourd’hui. Comme quoi, Feydeau pouvait être avant-gardiste.

Tailleur pour dames est la première grande pièce de Feydeau. L’acte le plus réussi est le second, celui où le docteur Moulineaux (Robert Dhéran) devient malgré lui le tailleur pour dames du titre. Le dernier acte voit s’emmêler de manière plus ou moins prévisible les différents quiproquos mis en place dans les précédents actes, et l’accumulation systématique fatigue parfois plus qu’elle ne fait rire.
Cette version est précédée d’une bonne présentation synthétique de l’auteur par Béatrix Dussane.

Deux pièces parmi les dernières écrites par Feydeau. Ce sont des pièces en un acte, où les quiproquos sont passés à la trappe pour laisser place à de simples situations inspirées de la vie quotidienne, comme l’arrivée prochaine d’un nouveau né dans un ménage, bourgeois évidemment (Léonie est en avance) ou, encore plus prosaïque, un couple devant faire face à la constipation de leur fils (On purge bébé).
Dans les deux pièces, pas mal de sous-entendus scatologiques. Feydeau exploite à fond les vertus du pot de chambre.
Certaines scènes pourraient être isolées pour former des sketchs autonomes réussis : les tests de résistance au choc des pots de chambre, le couple qui cherche les îles Hébrides dans le dictionnaire, l’arrivée de la sage-femme qui prend ses aises dans le foyer…

Précisons que toutes les pièces de Feydeau sus-mentionnées bénéficient d’une interprétation impeccable.
Société des Comédiens Français - Léonie est en avance ou Le mal joli & On purge bébé (04/05/1975) 
interprétation Jacques Eyser, Alain Feydeau, Gérard Caillaud, Denise Gence, Yvonne Gaudeau, Paule Noëlle, Virginie Pradal, Alain Pralon, Jean-Paul Moulinot, Philippe Etesse, Françoise Seigner, Alberte Aveline, Fanny Delbrice et Emmanuelle Milloux
réalisation Jacques Reynier 

     
La foire aux monologues, une émission d'André Veinstein et André Hussenot
Les célèbres (10/08/1956 Chaîne Parisienne) 
interprétation Jacques Dufilho
L'émission contenait aussi un autre monologue « Le roi » d’Alphonse Ragot, avec Roger Carel, non diffusé dans les Nuits.

Théâtre populaire Juin 44 - Tailleur pour dames (20/12/1962 France II Régionale) 
interprétation Béatrice Bretty, Bernard Dhéran, Mony Dalmès, Lily Siou, Fanny Marette, Olga Nilza, Andrée Gire, Maud Gipsy, Henri Vilbert, Robert Murzeau, Armand Vallé-Valdy et Harry Max
réalisation Roger Dathys




Le caporal épinglé de Jacques Perret (1958, Chaîne Parisienne) 
adaptation Jean Forest et Jacques Perret
interprétation François Périer (le caporal)
musique Maurice Jarre
réalisation Albert Riéra 

Parties 1 à 3 (13 au 15/10)
Parties 4 à 6 (16 au 18/10)
Parties 7 à 9 (20 au  au 22/10)
Parties 10 à 12 (23 au 25/10)
Parties 13 à 15 (27 au 29/10)

Un feuilleton de 45 X 10mn environ.
Cette adaptation du récit autobiographique de Jacques Perret est un régal.
Le seul élément, une broutille, qui a mal vieilli, est le générique dit par Jean Toscane – il lâche l’affaire au dixième épisode.
Un autre micro évènement, qui ne dérange en rien l’ordre des choses, est le mal de gorge qui atteint François Périer dès le second épisode, et dont on peut suivre l’évolution.
Le ton du récit est admirablement rendu. La légèreté du récit, l’humour constant, tranche avec la situation on ne peut plus périlleuse de notre protagoniste, qui s’évade de son stalag comme si c’était un jeu de cache-cache entre bandes de gosses.
Le besoin physiologique qu’éprouve le caporal à s’évader, où qu’il se trouve enfermé, est le ressort principal de l’histoire.
François Périer, enroué ou pas, mais aussi les autres acteurs, même si leur prestation est parfois brève, sont tous excellents.
Les autre acteurs : Jean Ozenne, Henri Virlogeux, André Valmy, Jacques Torrens, Gaëtan Jor, Jean Verner (Hans Werner), Jacques Forestier, Jean Martin, Jean Mauvais, Paul Barré, Henri Djanick, Fred Fischer, Marcel Lestan, Pierre Leproux, Maurice Biraud, Christian Delanau, Joseph Verman, R.J. Chauffard, Jacqueline Harpet…
Rappelons que la réalisation est signée Albert Riéra, qui commença à la radio dans les années 30  après un passage au cinéma en tant que proche collaborateur de Jean Vigo.

Mais est-ce nécessaire de rappeler que quatre ans plus tard le caporal reviendra au cinéma sous la direction de Jean Renoir et sous les traits, non pas de François Périer, mais de Jean-Pierre Cassel ?

Curly 

Curly

382
Répondre en citant  
Le Mezzogiorno - Le silence - Cary Grant - ACR, Demain la guerre - Lun 17 Jan 2022, 19:11

Les samedis de France Culture - L'Italie du sud, Tiers Monde de  l'Europe 1- Le Mezzogiorno vu de Rome (05/06/1971)
par Claude Dupont, Jean Chatenet, Bertrand Jérôme
avec Jacques Nobécourt  (correspondant du journal Le Monde à Rome), Claude Ambroise (professeur  à l'Université de Milan), Georges Vallet (directeur de l'Ecole  française de Rome) et Giuseppe Sacco (professeur à l'Université de Sienne)
lectures Yves Arcanel et Raoul Guillet

Ces trois heures et quelques vingt minutes constituent la première partie d’un triptyque de plus de dix heures sur l’Italie du sud.
On reconnaîtra Bertrand Jérôme, qui fut pas mal marqué par le trafic routier, et, pour assurer certains liens, Claude Dominique, que l’on entendra plus longuement dans la seconde partie et qui est créditée au générique comme responsable de la programmation musicale.
Pour la première, l’équipe s’est rendue à Rome. Elle descendra vers le sud dans les deux volets suivants.
La construction de l’émission entraîne une certaine monotonie, accentuée par sa durée.
Passée la présentation, avec fond sonore commenté de la circulation – Bertrand Jérôme commencera la seconde partie par la même chose, mais à Naples – l’alternance ordonnée d’explications enregistrée à Rome, pas toujours très denses, avec risque de décrochage de l’auditeur, de musiques puis de lectures, excellentes, lasse à la longue. L’émission aurait gagné à d’une part être plus courte, avec un montage plus serré des témoignages, et d’autre part à être construite avec plus d’originalité.
L’écoute de la moitié de la seconde partie confirme cette tendance.
Les deux autres parties :
2- De Naples à Tarente  (26/06/1971)
avec Maria-Antonietta Macciocchi (députée de Naples), Jacques Nobécourt  (correspondant du journal Le Monde en Italie), Claude Ambroise  (professeur à l'Université de Milan), Giuseppe Sacco (professeur à  l'Université de Sienne), Franco Bernstein (directeur à l'institut pour  le développement du Mezzogiorno) et Paolo Ricci (peintre)
lectures Jean Leuvrais et Yves Arcanel
     
3- La Sicile (31/07/1971)
avec Massimo Ganci (historien), Mario Mineo, Danilo Dolci, Ugo Palma, Gaetano Testa, Padre Valenti (curé de La Magione), Angeleta Lanza, Nino Titone  (musicologue), Mauricio (directeur du "Piano-Bar" de Palerme) et  Claude Ambroise (professeur à l'Université de Milan)
lectures Jean Leuvrais et Bernard Verley


Surpris par la nuit - Aux sources de la parole 
3- Le silence : au fondement de la parole (06/12/2007)
par Nicolas Fontaine
avec Michel Boccara (ethnologue), Philippe Caubère  (comédien), David Lebreton (sociologue), Philippe Galand (comédien et  metteur en scène sourd et muet à l'International Visual Théâtre) et Simon Attia (professeur de langue des signes)
réalisation Pierre  Willer
Pas de miracle dans cette dernière partie. Il fut question des deux premières dans un billet précédent.
Soyons positif et signalons juste le meilleur, avec la partie sur les sourds-muets. Les propos de Philippe Galand sont surprenants du point de vue de « parlants-entendants ».

Mardis du cinéma - Cary Grant (05/04/1988)
par Michel Cazenave
avec Jacques Siclier (critique) et Gilbert Guez (journaliste, attaché de presse)
lectures Jane Gozzett et Geneviève Omini
réalisation Jacques Taroni
L’analyse du jeu de Cary Grant aurait été plus intéressante que ces présentations générales, avec passage en revue de la filmographie et de la biographie. Concernant la biographie, quelques anecdotes de Gilbert Guez, qui a connu l’acteur, et qui montrent l’application avec laquelle les acteurs hollywoodiens travaillent leur image, pas seulement lorsqu’ils sont à l’écran. Quelques éléments sur sa vie privée – problèmes de violence conjugale – viennent contrebalancer l’image policée de l’acteur.
Pour l’analyse du jeu, le témoignage d’une spectatrice sous le charme peut apparaître comme un bon point de départ, mais hélas nous n’allons pas tellement plus loin. Les propos sur les films avec Hitchcock ou celui avec Mankiewicz, « People Will Talk », ne nous emmènent pas loin, une fois que l’on a dit qu’une facette plus sombre de l’acteur nous est montrée.
Sur la gestuelle, le type même de personnage que Cary Grant s’était créé, il y avait beaucoup à dire certainement (cf « La politique des acteurs » de Luc Moullet, Cahier du cinéma, 1993).
Ajoutons que l’émission contient pas mal de redites.

Toujours aussi réjouissant, la suite du feuilleton Le caporal épinglé (1958), présenté dans le même précédent billet.
adaptation Jean Forest et Jacques Perret
interprétation François Périer (le caporal)
musique Maurice Jarre
réalisation Albert Riéra

Parties 16 à 18 (30 & 31/10, 01/11)
Parties 19 à 21 (03 au 05/11)
Parties 22 à 24 (06 au 08/11)
Parties 25 à 27 (10 au 12/11)
Parties 28 à 30 (13 au 15/11)


Atelier de Création Radiophonique - Demain la guerre (05/11/1972)
par Xavier Domingo et Carlos Semprun-Maura
     
Du grand art.
Quelques leitmotivs reviennent comme un cheveu sur la soupe parfois (musiques festives de type Tico-Tico, phrases en boucle) dans cet océan de propos qui fusent sans jamais se percuter.
Beaucoup d’humour, noir bien sûr,  contrairement à ce que l’on pourrait croire en lisant le générique. Les auteurs ont cru bon de monter toutes les interventions de telle manière que ces points de vue si différents, si opposés parfois, semblent se compléter plus que s’affronter.
Tout se mélange à tel point que les propos qui apparaissent au premier abord les plus outranciers semblent finalement tout aussi pertinents que les autres. Toutes les tendances, de l’extrême droite (Sanguinetti) à l’extrême gauche (Rocard) se croisent sans que jamais leur nom ne soit cité, afin que nous perdions mieux nos repères... même si certaines voix sont, hélas, clairement reconnaissables.  
On peut entendre parler de la guerre comme métaphore d’un rapport sexuel sublimé (extraordinaire numéro d'un des intervenants, mais qui ?) mais aussi, de manière pas forcément plus raisonnable, à travers les pensées de jeunes écolières de l’école de filles de la rue d’Alésia à Paris ou de simples promeneurs dans le jardin du Luxembourg. La guerre, moyen de réguler la démographie, moyen de redresser la jeunesse en perdition... tout défile sur une bande son parfois quelque peu sarcastique.
L’émission, dans son esprit, son humour, est comparable au Dr Strangelove de Stanley Kubrick.
L’ACR est constitué de trois parties séparées par des pauses musicales méritées. Mais sont-ce vraiment des pauses lorsqu’il s’agit de morceaux du groupe rock (du punk avant l’heure) joliment nommé « Third World War » ?
La première partie, un montage nerveux, au rythme échevelé et virtuose, superpose une foule de points de vue sur la guerre.
La seconde continue sur la même lancée, mais cette fois-ci aborde le dur sujet de l’armement. Arrive alors la lecture de publicités extraites de la revue « Réalités » (numéro d’octobre 1970), lues par Michèle Cohen et R.J. Chauffard, publicités pour des armes de pointes mais terrifiantes.
Nous pouvons entendre quelque extraits des enregistrements effectués par le preneur de son Claude Johner durant son séjour au Vietnam. Bruits de guerre, de bombe et, passage atroce, un peu de guerre psychologique avec un disque que l’armée américaine diffusait à fond pour affoler les vietnamiens*.
La troisième partie est un récit d’anticipation où les auteurs imaginent les nombreux conflits qui pourraient survenir dans un avenir proche de 1972.
C’est la partie « Guerre des mondes » version Welles, avec de faux flashs infos et de fausses analyses.
Précisons que les deux auteurs espagnols de cet ACR sont Xavier Domingo (1929-1996) connu surtout comme critique gastronomique, et l’écrivain Carlos Semprun-Maura (1926-2009), frère de Jorge Semprun, et que le travail de l’équipe de réalisation est admirable.

*Ce n’est pas la première apparition d’extraits de ces enregistrements dans l’ACR. Des quelque cinquante heures de bandes recueillies par Claude Johner il a déjà été tiré plus tôt dans la même année (16/01/1972)« Breaking Points ». Il y aura encore « Two breaking points renewed » (20/02/1973) contenant « Good Morning Vietnam », puis « Good Morning Vietnam » (18/05/1975), qui n'est pas une rediffusion de la précédente mais une autre version.
En 2016, France Culture avait ressorti l'ACR de 1972. Il s’agit uniquement de la partie consacrée aux enregistrement de Claude Johner au Vietnam. Il y avait aussi la crise de 29 au sommaire. Cette version est encore disponible à l’écoute, expurgée du générique (sans commentaire). D'ailleurs, pourquoi ne pas avoir mis à l'écoute la totalité de l'ACR ?

Demain la guerre
avec Gaston Bouthoul, Roger Caillois, Michel Rocard, Jacques de Bollardière, Pierre-Marie Gallois, François de Closets,  Michel Debré, Daniel Guérin, Alain Jaubert, Cyril Copernic, Claude Lefort, Sylvie Marion, Alexandre Sanguinetti, Dominique de Roux, Michel Serres et Dominique Venner - réalisation Janine Antoine, Albert Morin et Viviane Van Den Broek
Dans le jardin du Luxembourg, école de filles de la rue d’Alesia à Paris, fragments de « Good morning Vietnam » de Claude Johner
Les fausses nouvelles et les dialogues imaginaires sont lus par Françoise Campo, Eugenio Domingo, Michel Garland, Philippe Laudenbach, Liliane Stewart
Publicités extraites de la revue « Réalités », numéro d’octobre 1970, lues par Michèle Cohen et R.J. Chauffard
musique par le groupe Third World War

                                                                                                                                   [son mp3="https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/13915-15.01.2022-ITEMA_22900990-2021C3372E0468-21.mp3" debut="04:04" fin="34:38"]

Curly 

Curly

383
Répondre en citant  
L'Italie du sud, Tiers Monde de l'Europe (2) - A l'enseigne du merveilleux : Morgane la déloyale - Mar 25 Jan 2022, 18:22

Suite du billet précédent sur
Les samedis de France Culture - L'Italie du sud, Tiers Monde de  l'Europe 1- Le Mezzogiorno vu de Rome (05/06/1971)
par Claude Dupont, Jean Chatenet, Bertrand Jérôme
avec Jacques Nobécourt  (correspondant du journal Le Monde à Rome), Claude Ambroise (professeur  à l'Université de Milan), Georges Vallet (directeur de l'Ecole  française de Rome) et Giuseppe Sacco (professeur à l'Université de Sienne)
lectures Yves Arcanel et Raoul Guillet

2- De Naples à Tarente  (26/06/1971)
avec Maria-Antonietta Macciocchi (députée de Naples), Jacques Nobécourt  (correspondant du journal Le Monde en Italie), Claude Ambroise  (professeur à l'Université de Milan), Giuseppe Sacco (professeur à  l'Université de Sienne), Franco Bernstein (directeur à l'institut pour  le développement du Mezzogiorno) et Paolo Ricci (peintre)
lectures Jean Leuvrais et Yves Arcanel
     
3- La Sicile (31/07/1971)
avec Massimo Ganci (historien), Mario Mineo, Danilo Dolci, Ugo Palma, Gaetano Testa, Padre Valenti (curé de La Magione), Angeleta Lanza, Nino Titone  (musicologue), Mauricio (directeur du "Piano-Bar" de Palerme) et  Claude Ambroise (professeur à l'Université de Milan)
lectures Jean Leuvrais et Bernard Verley


La seconde partie montre plus de souplesse dans sa réalisation. Il faut dire que l’on s’éloigne aussi d’une présentation générale pour aller vers des descriptions plus précises. La partie sur Naples contient de bons moments, mais celle sur Tarente qui conclut l’émission est un développement laborieux sur l'industrie qui sent le remplissage.
La troisième et dernière partie, sur la Sicile, s’étale aussi, afin de remplir les quelques 3h25 d’émission. Elle est pourtant la plus intéressante des trois. La bande de la première heure est abîmée sur plusieurs passages, qui sont inaudibles ou presque. Bertrand Jérôme et Jean Chatenet décrivent quelques scènes quotidiennes où la mafia montre sa toute puissance. Le passage sur la mafia, ainsi que celle sur la religion – bel entretien avec un curé du cru – surnagent, alors que toute la fin qui contient une discussion sur les écrivains siciliens aide surtout à toucher en temps voulu la fin de l'émission. Heureusement qu’il y a les lectures.
La programmation musicale aussi montre des signes de fatigue. Une fois la sicilienne de Bach passée, plusieurs morceaux de jazz s’étalent, du meilleur certes, mais il semble que la musique sicilienne existe et qu’elle avait peut-être un peu plus sa place ici.


A l'enseigne du merveilleux – Les femmes maléfiques : Morgane la déloyale  (16/05/1967) 
par Géraldine Gérard
avec France Descaut, Sylvie Artel, Denis Manuel, Julien Guiomar, Suzel Gofre, Nadia Barentin, Annick Corrigan, Juliette Pacley
chef opérateur du son Daniel Toursière
collaboration technique Yann Paranthoën
bruitages Claude Knosp
assistante de production Odile de Ponthual
réalisation René Jentet


La série fut répertoriée dans plusieurs billets des Nuits (cf billet du 3 août 2019 par exemple). Voici une histoire qui n’avait jamais été rediffusée.

Une série hebdomadaire de fictions radiophoniques formant une anthologie de contes et légendes du monde entier aurait encore toute sa place sur une radio culturelle, encore faut-il quelle soit vraiment culturelle. A force de négliger le genre, de rendre la chose exceptionnelle et de médiocre qualité, les auditeurs peuvent avoir l'impression qu’une série comme « A l’enseigne du merveilleux » n’est plus possible aujourd’hui. Plus possible parce que ça coûte plus cher qu’une lecture, ou que les rares concerts-fictions dont les places payantes amortissent le coût et dont la prise de son est celle d'un concert public, et non d'une fiction en studio. Logique.

Bref, c’est ici tout un savoir-faire qui est à l’œuvre, celui d’une équipe habituée à écrire, monter, jouer, mettre en onde des fictions radiophoniques avec rapidité et efficacité, tout en expérimentant à loisir.
L’histoire est celle de la relation entre Morgane, le roi Arthur, Guenièvre et Lancelot. La fiction reprend fidèlement l’histoire que l’on peut lire dans le Lancelot-Graal, en se centrant sur l’intrigue amoureuse et en passant presque à la vitesse de la lumière sur le reste des aventures de Lancelot.
La fin de « Morgane la déloyale » n’est pas la fin du roman, il se passe encore bien des choses entre ces personnages, mais elle remplit correctement son rôle dans le cadre de cette fiction.
René Jentet utilise avec générosité la Turangalîla-Symphonie d’Olivier Messiaen pour lui donner de nouvelles vertus dramatiques, et le scénario ajoute un chœur de femmes qui va parcourir l’histoire avec sa chanson au départ criarde (une référence aux sorcières de Macbeth ?) et à la fin parlée, avec un jeu d’échos qui termine l’histoire en beauté.
D’ailleurs toute la fin, l’épisode du bûcher, est racontée par ce chœur, d'une voix atone, alors qu’il s’agit d’une scène d’action mouvementée. Le rythme se ralentit au contraire, et les silences sont remplis par quelques douces notes de guitare. L’idée de prendre à contre-pied le contenu narratif est très efficace, il montre la mélancolie, la tristesse de cette histoire qui se cache derrière ce déchaînement de violence.

Curly 

Curly

384
Répondre en citant  
Monica Vitti - L'école des femmes - Les caravanes par Jean-Pierre Milovanoff - René de Obaldia - Le caporal épinglé - Mer 02 Fév 2022, 17:17

La canzone dei crauti (la chanson de la choucroute)
                                                                                                                                                                                                                                                                      

Monica Vitti (1931-2022)
Le bon plaisir (18-05-1996) - découpé en trois parties sur la page.
par Francesca Piolot
réalisation Monique Veilletet
avec notamment Maurice Rheims, Mario Monicelli, Simone Veil et Suso Cecchi d'Amico.


                                                                                            

L’école des femmes de Molière (26/08/1973) 
présentation et mise en scène Jean-Paul Roussillon
avec  Michel Aumont (Arnolphe), Raymond Acquaviva (Horace), Marco Behar (Enrique), André Reybaz (Le notaire), Jean-Paul Moulinot (Alain), Louis Arbessier (Oronte), Georges Riquier (Chrysalde), Denise Gence (Georgette) et Isabelle Adjani (Agnès)

Captation pour la radio du spectacle de la Comédie Française.
Jean-Paul Roussillon présente sa mise en scène aux auditeurs en début d’émission. Il explique justement ce que l’auditeur est susceptible de sentir de sa mise en scène, en termes simples et concis. Certains de ses choix concernent l’audition pure : l’évolution au cours de la pièce de la voix d’Agnès et d’Arnolphe, en accord avec leur transformation progressive. Pour l'image, ce sera celle issue de l’imagination de l’auditeur.
Un inconvénient cependant : l’interprétation de Michel Aumont passe mal à la radio. Il vocifère, tonitrue, éructe pour le public de la Comédie Française, et sa voix n’est pas calibrée pour la radio. La prise de son en tient compte, mais cela ne change rien à l'affaire.
Isabelle Adjani, à la radio comme à la scène, est remarquable.
Deux rôles étaient joués en alternance. L’alternative était Pierre Dux dans le rôle d’Arnolphe, et Michel Duchaussoy dans celui d’Horace.


Nuits magnétiques - Les caravanes  (1985)
par Jean-Pierre Milovanoff
réalisation Anne-Marie Chapoullié et Monique Burguière

A chaque fois, récits, anecdotes sur les caravanes. Cela peut être, comme dans la première partie, la description d’une seule veillée. La série ne se veut pas une histoire des caravanes, mais un voyage dans lequel l’auditeur est littéralement transporté, même s’il n’y a nul reportage, juste quelques voix et des extraits d’enregistrements musicaux.
Toutes les parties sont d’égale qualité, même si la place laissée à la musique et aux récits peut varier selon les épisodes. La sixième avec Eric Valli laisse un peu moins de place aux musiques. Plusieurs grands moments, comme celui avec le poète Hawad.
Les évènements d'actualité pointent parfois leur bout du nez, comme l’intervention de l’URSS en Afghanistan.
Comme le raconte Eric Valli, raconter les voyages des caravaniers revient à graver dans la mémoire des mœurs qui, à l’époque, étaient en train de disparaître.
Une série offerte comme cadeau de Noël aux auditeurs de France Culture en 1985.
Les entretiens sont montés de telle manière que le voyage commence dès le début de l’émission, et que les voix mises en valeurs sont celles des intervenants, non celle du producteur.
Le présentateur des Nuits - présentation que l’on peut sauter grâce au miracle du téléchargement - n’a aucune conscience de ce que peut être une émission formellement construite : « nous retrouvons Jean-Pierre Milovanoff et ses invités » ! Il ne manque plus que les applaudissements.
1- Caravansérail de Jaisalmer (24/12) 
avec Geneviève Dournon et Georges Luneau 
2- Caravanes du Sahara avec les Touaregs (25/12) 
avec Hélène Claudot et le poète Hawad
3- Caravanes du Tibesti (25/12) 
avec Monique Brandily
4- La route de la soie (26/12) 
avec Luce Boulnois et Rinnie Tang
5- Pillards et transhumants (26/12) 
avec Jean-Pierre Digard et Anne de la Salle
6- Caravanes de l'Himalaya  (27/12) 
avec Eric Valli
7- La dernière caravane (27/12) 
avec Sabrina Michaud, Roland Michaud et Gérard Toffin

Suite et fin du feuilleton Le caporal épinglé(1958), mentionné dans de précédents billets.
adaptation Jean Forest et Jacques Perret
interprétation François Périer (le caporal)
musique Maurice Jarre
réalisation Albert Riéra

Les quinze derniers épisodes sont à la hauteur des précédents, malgré le risque de monotonie que peut entraîner l’intrigue qui aligne les tentatives d’évasion du caporal. La troisième sera-t-elle la bonne ? A la fin, apparition de Michel Piccoli, dernier compagnon de route du caporal. La conclusion du dernier épisode est magnifique.
Parties 31 à 33 (17 au 19-11)
Parties 34 à 36 (20 au 22-11)
Parties 37 à 39 (24 au 26-11)
Parties 40 à 42 (27 au 29-11)
Parties 43 à 45 (01 au 03-12)

Deux entretiens avec René de Obaldia
La boîte de Pandore (24-07-1970 ) par Jean-François Noël
Le principe de l’émission est dans la boîte, dans laquelle l’invité amène les objets dont il veut parler. Idée originale, mais exploitée à la va-vite à la fin.
Jean-François Noël, débonnaire interviewer, qui se laisse un peu aller, se mettant volontiers au devant de la scène, ne fait pas trop sortir son invité des sentiers battus.
Ce n’est pas le cas de
Entretiens de Royaumont , par Claude Mourthé (24-05-1971)
Enregistré en public en juillet 1970, l’entretien est plus dynamique, et l’auteur plus en forme, en verve même. Après le lancement par Claude Mourthé, c’est le public qui pose des questions, de qualités variables, mais avec lesquelles René de Obaldia joue avec malice. « Où va le théâtre ? Quel est le futur du théâââtre » lui demande-t-on à la fin. Réponse expéditive, René de Obaldia n’en sait pas plus que l’auteur de la question.
Mais toutes ne sont pas si plates, et l’on soupçonne certains questionneurs d’être des connaisseurs très avisés.
Les propos sur le théâtre engagé, sur les acteurs, sur la critique théâtrale, valent le détour.
La radio n’est pas oubliée, puisque rappelons que Obaldia a beaucoup écrit spécifiquement pour elle. Il raconte l’enregistrement de la pièce « Édouard et Agrippine », où à sa grande surprise, il découvre dans le studio un acteur qui n’était pas dans la distribution. Et pourtant…

P.S. La même année, Claude Mourthé va réaliser, dans le même lieu - l'abbaye de Royaumont - une version de Macbeth.

                                                                                                            

Curly 

Curly

385
Répondre en citant  
Le misanthrope à la Comédie Française en 1985 - Murnau dans les Mardis du cinéma en 1992 - George Crumb - Mar 08 Fév 2022, 11:03

George Crumb, 1929-2022

                                                                                                                                                                   Lux Aeterna (1971)
                                                                                                                                                                                                                                         

Société des Comédiens Français - "Le Misanthrope" de Molière (07-04-1985) 
mise en scène Jean-Pierre Vincent
avec Bernard Dhéran (Oronte), Michel Aumont (Alceste), Geneviève Casile (Arsinoé), Simon Eine (Philinte), Ludmila Mikaël (Célimène), Christine Murillo (Eliante), Jean-François Rémi (le garde), Hubert Gignoux (Du Bois), Jean-François Lapalus (Clitandre), Gérard Chaillou (Acaste), Gérard Malabat (un laquais), Olivier Medicus (un laquais) et Rémy Riflade (Basque)
réalisation Christine Bernard-Sugy

Dans les années 80, France Culture diffusait des pièces de théâtre tous les dimanches en début d’après-midi. En alternance, le Nouveau Répertoire de Lucien Attoun, et la Comédie Française. Cette dernière jouait des classiques, la plupart du temps dans des réalisations en studio.
Régulièrement, des représentations étaient retransmises en direct de la Salle Richelieu. En voici une.
Il n’est pas ici question de discuter l’interprétation de la pièce. Elle est excellente.
Mais par contre, la version radio proposée dans les Nuits mérite quelques remarques.
La retransmission commence sans aucune présentation de la pièce.
Pas de commentaires comme il était d’usage pour signaler quelques éléments importants de la mise en scène. Résultats, des moments de silence où l’on devine qu’il se passe quelque chose sans savoir exactement quoi. En tout cas la réaction du public est frustrante pour l’auditeur. Libre à lui d'imaginer ce qu'il se passe, de faire sa propre mise en scène.
Le micro, car il semble qu’il n’y en ait qu’un, est placé dans le public. On entend distinctement les réactions de la personne qui se trouve à côté. Énervant d’entendre un rire isolé réagissant à ce que nous venons d’entendre.
Les déplacements scéniques avec les craquements de planches qui se trouvent à la radio considérablement amplifiés, les acteurs qui s’éloignent ou se rapprochent du micro, et qui d’un coup se mettent à tonitruer, quitte à saturer le niveau sonore pour déchirer violemment nos tympans, tout cela donne à l’ensemble un caractère quelque peu amateur à la captation. La réalisatrice, pourtant chevronnée, fait ce qu’elle peut, mais avec ces moyens, impossible de braver l’impossible.
Est-ce utile d’ajouter qu’une captation en studio aurait été préférable ?
Durant l’entracte, discussion entre Jean-Loup Rivière, Jean-Pierre Vincent, qui détaille un peu les décors que nous n’avons pas vus, et Marc Fumarolli. Discussion que nous eussions aimé s’étendre après la représentation.
Pour finir, deux incidents techniques de taille. Il aurait suffi de presque rien à l’équipe des Nuits pour les supprimer, mais non, à croire que les bandes – sans doute numérisées -  n’ont pas été vérifiées avant diffusion.
Premier incident : début de l’acte 3 - 57ème mn environ, bande arrêtée brutalement avec, après un silence d’une minute environ, retour à la fin de l’acte précédent.
Second : début de l’acte 5 - 120ème mn environ, même chose avec cette fois-ci un bond en arrière de cinq minutes. Toute la fin de l’acte IV y repasse.

Mardis du cinéma - Friedrich Wilhelm Murnau (04/02/1992) 
par Jean Daive
avec Jean-Louis Leutrat (enseignant et historien du cinéma), Michel Bouvier (universitaire spécialiste d'esthétique du cinéma), Patrice Rollet (critique), Jacques Derrida (philosophe), Fabrice Barbaro (acteur), Christiane Martz et Corinne Meyer
lectures Claudia  Kreps et Jean-Claude Biette
réalisation Claude Giovannetti 

L’œuvre avant tout. Mais avec des échappées étranges, hors-sujet même. La première avec Jacques Derrida, qui se retrouve à commenter une photo illustrant un ouvrage qui lui est consacré.
La seconde, avec une aveugle qui commente un film de Murnau, vu à travers son « audio-guide », aurait pu donner lieu à une émission plus développée.
Ce que fit d’ailleurs Serge Daney dans un « Microfilms » (05-06-1988) multidiffusé dans les Nuits, avec Odile Converset, « non-voyante ».
Abordés dans l’émission, quatre films : L’aurore, Nosferatu, Le dernier des hommes et Tabou.
Les commentaires sur l’utilisation de la lumière tournent vite en rond, et ceux sur la mobilité de la caméra chez Murnau tournent, quant à eux, bien court.
Il n’en reste pas moins que cette émission peut être une introduction à l’œuvre de Murnau. L’émission est réalisée avec soin, enchaînant explications, lectures et description plan par plan de certaines scènes, nous plaçant dans la position de la spectatrice aveugle de l’émission.
Le sulfureux n’arrive qu’à la fin, lorsqu’est racontée la mort brutale du réalisateur, mort sujette à controverses.

Curly 

Curly

386
Répondre en citant  
Trois pièces de Max Frisch - Tels qu'en eux-mêmes : Marcel Schwob & Andersen - Le bon plaisir de Monica Vitti - Dim 13 Fév 2022, 12:13

Trois pièces de Max Frisch
Que Max Frisch déboule actuellement dans les Nuits n’est pas un hasard : un théâtre engagé, très à gauche, qui a « quelque chose à nous dire de l’aujourd’hui actuel », pour reprendre le mantra fatigant et un peu neuneu utilisé à chaque fois qu’il est question sur la chaîne d’un auteur du passé.
Fatalement, un auteur qui dénonce le racisme, le nazisme, les systèmes autoritaires, a quelque chose à voir avec l’actualité actuelle.
Par contre, et c’est tout le problème soulevé par ce choix de Max Frisch, une œuvre engagée ne prend de l’intérêt que si elle dépasse cet engagement.
Lorsqu’elle plaque une situation, on va dire l’invasion de l’Europe par les nazis, en transposant ce moment historique dans un monde imaginaire où chaque personnage, chaque groupe, chaque lieu a le symbole facile afin d’être bien compris de tous, comme si le spectateur n’était pas capable de comprendre si ce n’était lourdement dit, la pièce ne passe pas la rampe du temps. Elle a peut-être quelque chose à dire de l’aujourd’hui, mais sur le plan théâtral, ce n’est qu’une pièce indigeste, sans surprise. Elle n’existe que pour être édifiante, pour faire la morale.

Andorra (1961) enr. le 24/01/1965 au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers
présentation Michel Polac
traduction et adaptation Armand Jacob
musique originale Joseph Kosma
mise en scène Gabriel Garran
interprétation Denis Manuel, Marie-Christine Barrault, Jacques Alric, Françoise Bertin et Jean-Pierre Dougnac...


Pièce présentée pour l’inauguration du théâtre, elle avait été captée pour la radio lors de la générale,  montée et présentée par Michel Polac qui décrit lorsque c’est nécessaire les éléments visuels de la mise en scène.
Le montage est habile. La pièce n’est pas donnée à la radio dans son intégralité. L’interprétation, et ce sera le cas aussi pour les deux autres pièces, est excellente.
Ce que symbolise le pays imaginaire d’Andorra, de même que chacun de ses habitants, ainsi que les Bottes Noires qui vont les envahir, ainsi que le jeune apprenti menuisier Andri, juif – là, pas de transposition, le terme est clamé à tout bout de champ -  inutile de l’expliquer.
L’influence de Brecht est nettement perceptible.
Cette pièce est la preuve qu’une bonne idée à laquelle nous adhérons, comme la dénonciation de l’antisémitisme, ne fait pas une bonne pièce.
Max Frisch se refuse, contrairement à ce que l’on peut penser avec l’utilisation de ce territoire imaginaire, à tout artifice.
Même, les spectateurs et auditeurs étant convaincus dès le départ par la cause défendue, la pièce apparaît vite comme inutilement édifiante et sacrément pesante.

Les deux pièces suivantes sont des réalisations en studio.

Biedermann et les incendiaires garde son caractère tout aussi engagé. Des incendiaires s’installent dans les greniers des maisons bourgeoises avant de les brûler. Le bourgeois s’en rend compte, sympathise, mais est incapable de freiner les choses. Il fournit même l’allumette qui va le brûler. La symbolique est tout aussi claire, mais le style est plus élaboré.
Une ressemblance avec Ionesco, voir Les chaises par ex., mais avec une charge politique éminemment plus forte et précise.
Cette fois-ci, l’humour est présent, qui introduit une distance par rapport à tous les personnages, même les incendiaires.
Réalisation parfaite, de même que l’interprétation.
Jean-Marie Serreau reprend pour la radio le rôle qu’il a tenu au théâtre en 1960.

Biedermann et les incendaires (1958) dans le Nouveau répertoire dramatique par Lucien Attoun le 09/12/1972
traduction Philippe Pilliod
interprétation Pierre Delbon (le récitant), Jean-Marie Serreau (Biedermann), Eléonore Hirt (Babette), Anne-Marie Coffinet (la bonne), Fernand Berset (Gouleau), Michel Aumont (Durassier), Jean-Louis Maury (un policier), Jean-Paul Tamaris (un intellectuel) ; et le cœur des pompiers : Jacques Maire, François Guillier et Lucien Frégis
réalisation Bronislaw Horowicz

Une présentation de 10 mn, par Lucien Attoun et Pierre Laville, précédait la pièce. Les Nuits ont choisi de ne pas la diffuser.

Triptyque est une pièce plus tardive, datant de la fin des années 70. L’engagement politique est toujours présent, mais il n’est pas au devant de la scène. C’est une pièce sur la mort, en trois parties comme le nom de la pièce l’indique.
La pièce bénéficie d’une interprétation hors-norme. Les voix de ces acteurs y sont pour beaucoup dans la réussite de cette réalisation.
Première partie : un enterrement, le point de vue des vivants, des conversations plus ou moins superficielles.
Seconde : le monde des morts, c’est la partie la plus virtuose de la pièce. Le poli, le creux des conversations de la première partie laisse place à plus de sincérité, forcément.
Troisième : communication entre mort et vivant.

Triptyque (1978) - Société des Comédiens Français (05/06/1983) 
d’après la mise en scène de Roger Blin, adaptée pour la radio
traduction Henry Bergerot
musique originale Yoshihisa Taïra
interprétation Denise Gence, François Chaumette, Jacques Toja, Geneviève Casile, Jacques Destoop, Christine Fersen, Nicolas Silberg, Catherine Salviat, Jean-Paul Moulinot, Georges Audoubert, Guy Michel, France Rousselle, Andrée Tainsy et Maurice Garrel
réalisation Georges Gravier
 
     


   
Tels qu’en eux-mêmes - Marcel Schwob (04/04/1971) 
par Philippe Soupault et Jacques Fayet
avec des lectures des ouvrages de Marcel Schwob : "Le livre de Monelle" par France Descaut ; "Lettre à Marguerite Moreno" et "Cœur double" par d’Olivier Pierre ; de Marguerite Moreno : "Souvenirs de ma vie" par Lily Siou ; de William Shakespeare : "Hamlet" par Olivier Pierre
réalisation Guy Delaunay

Une présentation de l’auteur par Philippe Soupault, lue par Jacques Fayet. Émission bien construite, qui balaie la vie et l’œuvre en un temps record, et avec des lectures suffisamment longues pour prendre l’auditeur dans ses filets : ses amours, son goût pour les langues, ses traductions, ses nouvelles avec une amusante histoire de tables tournantes, fort à la mode à l’époque -. Des textes aussi de Marguerite Moreno, notamment un, magnifique, sur la mort de l’écrivain.

Autre Tels qu'en eux-mêmes, celui sur Hans-Christian Andersen, en trois parties.
Même principe, présentation et texte de et sur l'auteur. Interprétation aussi, évidemment, de contes, avec une distribution de choix (Diffusion des disques pour enfants issus de la collection Le Petit Menestrel & cie, et extr. du Rossignol et l'Empereur écrit par Philippe Soupault pour la radio en 1957)
1- 13-04-1972
2- 20-04-1972
3- 27-04-1972
avec Philippe Moreau et Béatrix Brunel, Lisette Lemaire, Pierre Olivier, Gaëtan Jor, Catherine Dagand, Nicole Louvier, Roger Karl,  Nathalie Nerval, Anne Vernon, Linette Lemercier, Danièle Delorme, Yves Robert, Christiane Lasquin, Marguerite Cassan, Claude Dasset, Becky Rosanes, et Danielle Darrieux.

Pas dans les Nuits, mais comme l’émission a été signalée dans ce fil, retournons-y ici :
La bon plaisir de Monica Vitti
par Francesca Piolot
réalisation Monique Veilletet
avec  Maurice Rheims, Mario Monicelli, Simone Veil, Suso Cecchi d’Amico, Pierre Kalfon, Roberto Russo, Pino Quortulli, Melissa Proietti, Stefano Reali.

L’intervention de Simone Veil au début, sur les rapports mère/fille, a presque fait basculer l’émission dans de plus grandes profondeurs, mais c’est sans compter la brièveté de son intervention, et l’actrice, qui est en continuelle représentation, mélangeant sincérité et artifice. Un numéro de diva qui dure toute l’émission. A ce titre, dans les dernières minutes, elle est en roue libre et montre qu’elle est capable de dire ce que vous voulez sur n’importe quel sujet.  
Que cela fasse à l’arrivée un portrait de l’actrice, c’est fort possible. Sa voix un peu rauque qui alterne français et italien est un spectacle à elle seule, bien que le contenu soit souvent bien superficiel.
Deux dialogues romains, un entamé chez elle et un autre à l’Académie d’Art Dramatique.
Comme d’habitude avec les Bons Plaisirs, l’émission est réalisée avec art : les entretiens sont disséminés, mélangés afin de varier les plaisirs.
Une archive savoureuse : un extrait du Masque et la Plume, celui consacré à L’avventura d’Antonioni, On y entend Jean Douchet démolir l’œuvre avec des arguments qui pour le coup se défendent : snobisme et cinéma trop littéraire.
Le critique a-t-il plus tard changé d’avis ?



Dernière édition par Curly le Ven 18 Fév 2022, 20:06, édité 1 fois

Philaunet 

Philaunet
Admin

387
Répondre en citant  
Ambrose Bierce & Robert Benchley - Lun 14 Fév 2022, 10:32

Actuellement une Proposition d'écoute à retrouver dans le billet ci-dessous :
Le programme de nuit, îlot de culture (II) - Page 39 Scre2001
Curly(https://regardfc.1fr1.net/t852p360-le-programme-de-nuit-ilot-de-culture-ii#37309) a écrit: (...) Petite suite de l’inventaire des « Bonnes nouvelles, grands comédiens », cf billets du 7 et 8 avril 2021.
Ajoutons à Ercole de Daniel Boulanger lu par Michel Piccoli (02-08-1971) déjà signalé plus haut :
- Cinq nouvelles de Stephen Leacock par Jacques Martin (03-09-1970) : Lui dire ses défauts, Comment ne pas se marier, Géométrie des pensions de famille, Hommes qui m’ont rasé, Lettre de Noël.
- Cinq nouvelles de Robert Benchley par Jacques Martin (05-10-1970) : L’affaire Mozart, Des tests faciles, Hé garçon !, Comment, pas de Budapest ?, L’offensive européenne contre-attaquée.
- La tombe sans fond et L'épreuve du feu de Ambrose Bierce par Danièle Lebrun (25-07-1984)
Gabriel-Ernest de Saki par Jean Rochefort (03-09-1984) Attention : dans la même émission, Jean Rochefort lit une autre nouvelle de Saki, Sredni Vashtar, non diffusée.

Et ce n’est pas totalement fini, puisque dans la même série « Archives de l’été » de Philippe Garbit, deux autres lectures, plus courtes, extraites de la série « Histoires sans dessins » par Jeanne Rollin-Weiss  :
- L'infortuné fiancé d'Aurélia de Mark Twain par  Philippe Noiret (27-09-1965). La série est renommée dans le générique « Humour sans dessins »
- Est-ce que les insectes pensent ? de Robert Benchley par Gaëtan Jor (14-10-1965)
Récits savoureux, lectures de haute tenue.

À propos d'Ambrose Bierce, Roald Dahl dans Desert Island Discs dit qu'avec Charles Dickens et William Thackeray, c'est l'auteur qu'il a le plus lu adolescent, ne pouvant s'arracher à sa lecture une fois commencé un de ses récits. Recueil cité comme marquant : Can Such Things Be? [Published by Cassell: New York, 1893] .

Curly 

Curly

388
Répondre en citant  
Rita Hayworth - Version de Labyrinthe par Hugo Santiago - Villiers de l'Isle-Adam - Un petit monsieur - Ven 18 Fév 2022, 12:29

Depuis quelques temps, la programmation des Nuits se referme sur les obsessions de la journée : sociologie, militantismes, psychanalyse, politique….comm' s’il n’y avait qu’ça d’vrai.
Il semblerait que le départ de Philippe Garbit soit imminent, et la tendance s'est accrue.
Mais attention, certaines de ces émissions sont excellentes, je pense en particulier à la série sur Freud par Marthe Robert, une nouvelle fois diffusée.
C’est le ressassement de mêmes noms, de mêmes thématiques, qui est épuisant. Le martellement est souvent synonyme d’endoctrinement. Mais je ne pense pas que les voix adolescentes qui présentent maintenant les Nuits (apparait encore celle de P. Garbit, essentiellement dans les rediffusions) en soient là. Ils ne programment que ce qu’ils connaissent, que ce qui fait partie de leur champ d’intérêts, qui est fort réduit à en voir les émissions choisies.

En mars, une nuit Raymond Aron, sociologue, quelle surprise, et actuellement au cœur d’une polémique avec un candidat d’extrême droite qui aime bien le citer, et qui est au centre de la programmation de jour de la chaîne. Combien d’émissions, de chroniques viennent en échos aux propos de ce candidat ? Les auditeurs de France Culture en ont peut-être marre d’entendre son nom, sur une chaîne culturelle qui est censée prendre de la distance avec l ‘actu la plus chaude.

En mars toujours, nuit spéciale « pouvoir exécutif », nuit « femmes au pouvoir » (une énième nuit sur le féminisme, ce qui rend la programmation de moins en moins variée), et deux nuits spéciales éphéméride où, allez, soyons généreux, François Furet et Francis Ponge se retrouvent dans le même bateau. Quel lien entre eux à part qu’ils sont nés le même jour ? Aucun. Où l’on voit l’intelligence de la programmation. On regarde l’éphéméride et le tour est joué. Seconde nuit, Pasolini, qui je le rappelle a eu la chance d'être quelque peu marxiste. Du deux en un.  Quelle imagination !

Il n'en demeure pas moins que les Nuits restent encore à ce jour, et malgré tout ce qui vient d’être écrit, une échappée radiophonique par rapport aux programmes de jour de plus en plus pauvres.

Mardis du cinéma - Rita Hayworth (12/02/1991)
par Michel Cazenave, avec Jacques Siclier
lecture d'extraits de " Blason du corps aimé" d'André Breton, et de journaux de l'époque
réalisation Christine Berlamont

Vu la filmographie de l’actrice, où en gros deux films surnagent, l’émission couvre sans trop forcer la totalité de la vie de l’actrice ainsi que sa carrière à Hollywood.
De ces deux films, un chef d’œuvre, « La dame de Shanghai ».
Jacques Siclier s’en tient surtout au factuel, et Michel Cazenave aux interprétations. Symbolisme teinté souvent de psychanalyse.
Abordés donc, le caractère de « femme objet » de l’actrice, sex symbol durant la Seconde Guerre mondiale. Jacques Siclier pense que ce n’est pas cela qui l’a détruite, ni son formatage hollywoodien. Pas sûr.
Sont passés en revue donc sa carrière de danseuse qui commence dès l’adolescence, la période pin-up pour G.I, les films « Gilda », « La dame de Shanghai », et la suite, plus rapidement,  avec les multiples remariages, l’alcoolisme, la maladie d’Alzheimer. La carrière au cinéma de Rita Hayworth ne semble pas avoir été détruite par  Orson Welles, bien qu’il ait cassé le mythe de l’actrice avec « La dame de Shanghai », mais par l’alcoolisme et la maladie. Ses films des années 50/60/70 la montrent non dénuée de talent d’actrice, ce qui était déjà la cas chez Welles.
Concernant le film avec ce dernier, qui la traita manifestement lui aussi comme une femme-objet si l’on en croit les anecdotes racontées, Michel Cazenave sort son armada de symboles à décrypter, mais oublie que la surprise du film n’est pas le personnage d’Hayworth seul, mais aussi celui de Welles, comme si les deux acteurs avaient permuté leur rôle. Welles, habitué aux démiurges machiavéliques, est ici un marin un brin naïf, alors qu’Hayworth joue le rôle que l’on aurait plutôt attendu de Welles.

Atelier de Création Radiophonique - Version de Labyrinthe (11/03/1984)
par Hugo Santiago
bruitages Louis Amiel
montage Viviane Van Den Broek
mixage Michel Créis, assistant Jean-François Néollier
mixage additionnel Monique Burguière
production Michèle Cohen

Un film radiophonique auquel il faut s’accrocher, ou pas finalement car il est permis de se perdre dans le labyrinthe. Hugo Santiago (1939-2018) est un cinéaste argentin, qui maîtrise parfaitement la langue française, et qui fut proche de Jorge Luis Borges avec qui il collabora pour un de ses films, « Invasión » (1969) qui  n’a pas laissé dans la mémoire de l’auteur de ces lignes un souvenir inoubliable.
Ce film radiophonique baroque raconte l’histoire de Thésée. Le personnage se promène dans un grand palais et au fil de sa promenade toute sa vie reparaît, par petits bouts, pas nécessairement dans l’ordre chronologique. Seule la voix de Hugo Santiago est audible, le reste étant un montage virtuose de sons, de musiques que le narrateur donne l’impression de maîtriser comme un chef d’orchestre. Il lance les ambiances sonores, les coupe brutalement lorsqu’il décide de changer de tableau. Pour certains épisodes, il existe plusieurs versions suivant les sources, et le narrateur nous les donne comme si c’étaient plusieurs voies parallèles que nous pouvions suivre en même temps.
A la fin, l’auteur-narrateur se présente au générique sous le nom de Thésée !
La bataille avec le Minotaure est esquivée « c’est le moment à grand spectacle de notre film » (citation approximative).
A l’arrivée, le film radiophonique, bien que le narrateur décrive à certains moments les mouvements de caméra, est pleinement satisfaisant tel que présenté à la radio.
Est-ce un scénario écrit spécialement pour l’ACR, ou un scénario destiné au cinéma et qui ne put être tourné ? En tout cas, avec le montage éblouissant proposé par l’équipe de l’ACR, et la voix d’Hugo Santiago qui est fort radiophonique, et avec cette prédominance du texte, il est probable que sous sa forme cinématographique le film aurait beaucoup perdu.
     
Cent ans de spiritualité dans les lettres françaises - Villiers de l’Isle-Adam (18 /03/1952 Radio Nationale) 
par Stanislas Fumet
lectures d'extraits des "Contes cruels" d’Auguste Villiers de l’Isle-Adam par Fernand Ledoux, Louise Conte, Jacqueline Harpet, Roger Iglesis, Jean Negroni, Pierre Raynal
réalisation Alain Trutat

Exactement le même principe que l' « Anthologie française & étrangère » qui seront diffusées à la fin des années 50 et au début des années 60, et à laquelle participera Stanislas Fumet.
A partir d’un texte concis et quelques lectures généreuses, Villiers de l’Isle-Adam nous est présenté de manière synthétique.
Parmi les lectures, nous détacherons la dernière, clou du spectacle, « La torture par l’espérance » avec Fernand Ledoux.
Les autres lectures : « Virginie et Paul » et « Sentimentalisme ».      
     
Grand prix de Paris, par Pierre Cour - Un petit monsieur (02/09/1958 Chaîne Parisienne) 
de Bernard Ducru
réalisation Jean-Jacques Vierne

La comparaison avec « Y’a t-il un pilote dans l’avion ? » qui, il est vrai, s’impose vite à l’esprit, et qui est suggérée dans la présentation par Philippe Garbit ne joue pas en faveur de la fiction de Bernard Ducru, long sketch étiré sur vingt minutes où Fernand Raynaud, simple comptable, apprend en un temps record à piloter avant le crash, ayant même le temps d’exercer un chantage à la Légion d’Honneur, n’ayant pas peur de s’écraser au cas où on ne la lui offrirait pas sur un plateau.
Construit autour du personnage de Fernand Raynaud, celui qu’il a créé dans ses sketchs, la fiction ne pouvait être que passablement datée, et peu riche en gags.
Avec Fernand Raynaud (Monsieur Trou)
Robert Vattier (Ledru-Lefort)
Martine Sarcey (Mamé Magot)
André Bervil (Moukarim)
Svetlana Pitoëff (l’hôtesse de l’air)
Robert Chandeau (le radio)
Claude Pigeon (la voix d’Orly)
Françoise Ploquin (une dame)
Pierre Gay (Giraud)
Michèle Maurice (la récitante)
Roland Dhordain (le radio-reporter)

Le producteur, Pierre Cour, était le premier complice radiophonique de Francis Blanche. Cf « L’œuf à la coque » (1946), dont il ne reste que deux émissions, diffusées il y a un certain temps dans les Nuits, et qui étaient disponibles sur le site de l'INA jusqu'à ce qu'il soit décidé de supprimer la quasi totalité des archives radio.

Curly 

Curly

389
Répondre en citant  
Magie et vérité des sons par Guy Erismann (1964) avec Michel Hofmann - ''L'invitée'' de Simone de de Beauvoir (1994) - Dim 20 Fév 2022, 12:23

Magie et vérité des sons
12- Michel Hofmann (21/08/1964)
par Guy Erismann
avec Michel Hofmann (écrivain, musicologue et traducteur franco-russe)
Mélodies de Richard Strauss chantées par Richard Tauber (vers 1930) ; scène de la forge extraite de "Siegfried" de Richard Wagner par Lauritz Melchior et Albert Reiss, orchestre symphonique de Londres dirigé par Albert Coates (vers 1930) ; "Symphonie n°1" de Scriabine par l'orchestre de la radio d'état de l'URSS dirigé par Ievgueni Svetlanov ; "Zdravitsa" de Serge Prokofiev par les chœurs et  l'orchestre de la radio d'état de l'URSS dirigé par Ievgueni Svetlanov ; "Les chants de la serve affranchie" de Serge Slonimsky par Youreneva et Kramsov, orchestre philharmonique de Leningrad dirigé par Jansons
réalisation Janine Antoine

Le générique de l'émission est un extrait de l' « Orphée » de Pierre Henry.

Suite, et cette fois fin, de « l’enquête sur l’art et l’usage des enregistrements sonores » en 12 émissions.
Pour les précédentes parties, renvoyons aux  billets : du 11 juillet 2020, du 27 juillet 2020, du 4 août 2020, du 7 août 2020, du 27 août 2020, et du 9 janvier 2021.

Sont reproduits ci-dessus les éléments du générique fournis par France Culture. La présentatrice des Nuits oublie de prendre un peu de recul et de signaler que les enregistrements rares diffusés dans l’émission, ceux de Richard Tauber, de Lauritz Melchios, de Prokofiev et de Scriabine, ne le sont plus depuis belle lurette. Concernant Scriabine, le début seul de la symphonie est diffusé, celle-ci durant pas moins de trois quarts d’heure.

Michel Hofmann conclut donc la série, en faisant une synthèse relativement brève – une demi-heure sur les deux heures d’émission – sur les vertus et les limites de l’enregistrement sonore, en partant de deux exemples précis pris dans Wagner et dans Rimski-Korsakov.
Il évoque les placements du micro lors d’un enregistrement, et les possibilités de la stéréophonie. Un effet voulu par le compositeur peut être mieux rendu sur disque dans un enregistrement studio que durant un concert.
Comme dans d’autres émissions, il est signalé que le compositeur contemporain de l’émission peut tout aussi bien composer spécifiquement pour le disque ou pour la radio.
Si la musique concrète est vaguement nommée, rien en ce qui concerne les compositeurs importants en activité dans les années 40, 50 ou 60. Les idées sur les avancées technologiques en terme d’enregistrement ont été mûrement réfléchies, mais leur application dans des musiques vraiment contemporaines et novatrices, beaucoup moins. Michel Hofmann ne cache pas ses affinités avec la culture russe, et c’est un peu ce qui pose problème dans la dernière partie de l’émission.
La première symphonie de Scriabine, déjà personnelle, malgré les influences signalées par Hofmann, n’est pas la symphonie la plus marquante du compositeur. L’émission nous épargne le final pompeux. Mais nous pouvons comprendre sa programmation ici : c’est, en 1964 en tout cas, une œuvre rare. La version Svetlanov est excellente.
Ensuite cela se gâte franchement. La cantate de Prokofiev « Zdravitsa » (1939) est présentée comme une œuvre délicieuse, injustement méconnue, charmante et tout et tout. C’est à l’écoute un de ces gros puddings de commande comme en ont fait les compositeurs russes sous Staline.
L’aspect programmatique de la pièce ne nous est pas donné dans l’émission. Or, c’est une de ces cantates composées à la gloire de Staline, celle-ci célébrait son soixantième anniversaire. Il n’est pas certain du tout que Prokofiev ait composé cette cantate de gaîté de cœur.

La dernière pièce, « Les chants de la serve affranchie » de Serge Slominski, le neveu de Nicolas Slominsky, présentée comme une pièce rare (elle l'est toujours) représentant pour l'émission la musique contemporaine, n’est qu’une imitation du Stravinsky des années 20, voire de Chostakovitch, dont il était élève. Michel Hofmann ne parle jamais des contraintes que le régime politique impose aux artistes russes de cette époque, et passe sous silence toutes les techniques de composition explorées ailleurs dans le monde, et qui recouperaient certainement mieux son discours sur la spatialisation.



L'invitée (29/05/1994) 
de Simone de Beauvoir
adaptation Patrick Liegibel et Malka Ribowska
bruitage Alain Platiau
chef opérateur du son Noelly Louis-Mary
interprétation Claude Giraud (Pierre), Malka Ribowska (Françoise), Arnaud Bédouet (Gerbert), Tugdual Rio (Tedesco), Sabine Haudepin (Xavière), Nadine Servan (Gitane), Alain Christie (garçon), Alain Leberre (le docteur) et Patrick Liegibel (récitant)
réalisation Eveline Frémy, assistée de Marie-Rose Dérouet

Fiction adaptée d’un roman de Simone de Beauvoir. Roman par bien des aspects autobiographique. La romancière a un regard très dur sur ce couple formé par Pierre, metteur en scène et sorte de double de J-P Sartre, et Françoise (elle-même). Ce ne sont pas des personnages qui respirent la sympathie. Ils nous apparaissent brillants mais orgueilleux, imbus de leur personne. Le ménage à trois qu’ils forment avec Xavière rappelle le mode de vie choisi par le couple Sartre/Beauvoir. A part qu’ici cela se termine nettement plus mal que dans la réalité.
Simone de Beauvoir reste d’ailleurs paradoxalement très prude dans cette histoire, le sexe étant mis à distance, alors qu’il est au centre de l’intrigue, et qu’autant la « polygamie » de Serge est une évidence, autant le lesbianisme reste sur le pas de la porte de l’histoire. Malgré la passion de Françoise pour Xavière, le pas n’est manifestement pas franchi.
Concernant la fiction radiophonique, il ne reste qu’à signaler le plus important, c’est-à-dire que la réalisation dans son ensemble est impeccable.

Curly 

Curly

390
Répondre en citant  
Dürer et l'ange de la mélancolie (1982) - Ven 25 Fév 2022, 19:14

Les chemins de la connaissance - Dürer et l'ange de la mélancolie (1982)
par Claude Mettra et Claude Gaignebet
lectures Jean Bollery de textes de Søren Kierkegaard,  Denys l'Aréopagite, et Romano Guardini
1- L'atelier du temps (10-05)
2- L'espace saturnien (11-05)
3- L'encrier du diable (12-05) 
4- L'ange et l'angelot (13-05)
5- Les murs du temple (14-05)

Ne pas se fier au générique, les lectures sont réduites à une portion congrue. L’essentiel, ce sont ces quelques deux heures vingt d’analyse, d’interprétation des différents éléments de la gravure de Dürer. Claude Mettra parle, plutôt que d’analyse, de rêveries.
La série est exceptionnelle à plus d’un titre. D’abord, jamais Claude Mettra et Claude Gaignebet n’oublient qu’ils sont à la radio, et l’œuvre est décrite avec soin afin que l’auditeur puisse tout visualiser. La première émission, après l’introduction, commence par une description générale. Par la suite, chaque élément sera situé par rapport à l’ensemble. Puis, dès les premières interprétations, Claude Gaignebet fait preuve d’une telle méthode, d’une telle rigueur, pour recouper les différentes interprétations, ajouter les siennes, que c’en est admirable.
Pas de gras, et toutes les connaissances, tout l’armada de symboles que brasse Claude Gaignebet nous emmènent en un sommet radiophonique d’où il est difficile de redescendre.

Curly 

Curly

391
Répondre en citant  
Raymond Aron - Pierre Schaeffer - Karl Marx - L'homme à l'œillet vert - La gare - Bonnes nouvelles, grands comédiens - Lectures à une voix - Dim 27 Fév 2022, 16:41

Anthologie étrangère - La quinzaine Karl Marx : Le Capital (20-03-1963 France III Nationale)
par Pierre Sipriot
lectures Michel Bouquet, Pascal Mazzotti et Jean Topart
réalisation Georges Gravier

L’émission est répertoriée dans la série « Anthologie étrangère », mais elle ne suit pas exactement le principe des autres émissions. Donc pas de lectures de passages choisis reliés par des commentaires, mais un long entretien entre Georges Charbonnier et Raymond Aron. Ce dernier reprend de manière synthétique ce qu’il a expliqué par ailleurs dans ses ouvrages et dans ses cours.
Les lectures ici sont succinctes, et l’entretien passionnant. Sa lecture de Marx est fort différente de celle que l’on a coutume d’entendre. Pour une fois, ce n’est pas une lecture marxiste.
Aron dégage avec un sens de la synthèse d’une grande clarté les différents aspects de la pensée de Marx, ce que sont d'après lui ses forces et ses faiblesses.
Vers la fin de l’émission, il dit regretter que les sociologues aient une vision la plupart du temps politiquement orientée, ce dont lui-même se défend.
Explication du titre : France III Nationale avait proposé deux semaines de programmation spéciale sur Karl Marx.
     
Dialogues - Pierre Schaeffer et Raymond Aron (13-02-1973)
par Roger Pillaudin
« Dialogues » était d’ordinaire enregistrée en public, celui-ci intervenant pour poser des questions au cours de l’émission.
Ici, en lieu et place du public, quelques propos enregistrés dans la rue, micro-trottoir – commerçants, passants, anciens étudiants de Raymond Aron –, et de la musique religieuse d'époque, le cantique Jésus Christ superstar.
L’entretien est enregistré en studio, et comme l’explique Roger Pillaudin au début, né d’une rencontre fortuite des deux hommes dans un couloir de la maison ronde.
Raymond Aron est amené à s’expliquer sur ses prises de position en 1958 et en 1968, compare communisme et capitalisme, avec toujours un souci d’objectivité, un besoin d’analyser les systèmes politiques sans à priori.
Une émission fort vivante, puisqu’avec Pierre Schaeffer.
Encore une fois, comme pour l’« Anthologie étrangère », Raymond Aron reprend certains éléments distillés dans ses cours.
Les cours justement, les Nuits, durant l’été 2021, en ont ressorti une partie, ceux de 1957-58, diffusés à l’époque sur Radio Sorbonne.
Une somme de près de 19 heures, intitulée « Théories sociologiques des démocraties, aspect politique des sociétés modernes », et qui forme l’ouvrage « Démocratie et totalitarisme » (1965).

Aujourd’hui, France Culture diffuse toujours des cours à potron-minet. En terme de création radiophonique, c’est l’investissement minimal, mais c’est paradoxalement le programme dans lequel l’auditeur a le plus de chance de trouver des propos consistants.

L'homme à l’œillet vert (05-03-1989) 
d'Alain Pozzuoli
bruitage Alain Platiau
interprétation Guy Tréjean (Oscar Wilde), Arnaud Bédouet (Laurent), Jean Martin (le juge), Gaëtan Jor (le guide), Pierre Spivakoff (le narrateur)
réalisation Evelyne Frémy

Alain Pozzuoli, auteur d'une fiction sur Bram Stocker, cf billet du 25 décembre 2021, crée un récit fantastique où le monde du XIXème siècle se confronte à celui de la fin du XXème. Au Père Lachaise, un jeune homme rencontre Oscar Wilde revenu d’entre les morts.
La confrontation des deux univers aligne les clichés attendus, et la fiction ne va hélas pas plus loin. Oscar Wilde découvre le walkman – nous sommes en 89… -, le mouvement punk - en 89 ? -.
Comme annoncé dans le titre, la fiction s'enlise dans une comparaison entre l’époque de Wilde, intolérante envers les homosexuels, et la nôtre, où elle n’est plus un délit, en tout cas en France. C’est maigre.
Une fiction franchement décevante, malgré les qualités de l’interprétation et de la réalisation.

Recherche de notre temps - La gare (1968)
par Robert Valette, Colette Garrigues et Harold Portnoy
réalisation Bernard Saxel

1- Une émission en train de se faire... (02-01)
2- Bruits et paroles perdus (03-01) 
3- Rencontres (04-01) 
4- C'est la gare avec ses moustaches de chat (05-01) 
Un reportage sur un reportage, où les trois producteurs sont les héros. La visite de la gare n’est qu’un prétexte pour expérimenter un reportage dont le but ultime leur est inconnu. Ils se lancent dans la gare, ouvrent le micro, et voient ce qu’il se produit.
L’exact inverse des « Pieds sur terre », où les reporters partent enregistrer avec une visée précise, une vision de la société préétablie, une pensée politique et militante bien perceptible qu’il va falloir mettre en valeur par la grâce d’un montage fait subtilement à coups de hache afin que le résultat soit conforme à la feuille de route.
Avec ce reportage en quatre parties sur les gares, la preuve est faite que l’improvisation totale n’est pas nécessairement meilleure.
Aller au petit bonheur la chance, c’est aussi prendre le risque d’avoir aucune matière exploitable, des propos superficiels.
Mais s’en rendre compte et le dire au micro, comme le font nos trois reporters au début d’une des émissions, ne change rien au peu d’intérêt de ce reportage.
Dire que c’est un reportage sur un reportage en train de se faire, avec ses hésitations, ses erreurs, ses tâtonnements, ne le rend pas plus consistant pour l’auditeur.
La matière est tellement maigre que l’on a l’impression qu’il a fallu compléter la dernière partie par des enregistrements de bruits d’ambiance, et une lecture, celle de Michel Bouquet lisant du Francis Ponge.
Deux entretiens sortent de l'ordinaire. Dans l'un d'eux, Harold Portnoy accoste une jeune femme qui va complaisamment utiliser le micro pour faire son numéro. Il analysera après son entretien, en avouant sa gêne et sa joie mêlées, propre à tout journaliste qui obtient un témoignage marquant : gêne d’avoir entendu de telles confidences – il émet l’hypothèse raisonnable qu’il y avait là-dedans un peu de mythomanie – et joie d’avoir entendu des propos qui sortaient enfin de l’ordinaire.

Un reportage avec une ligne directrice, mais sans parti pris, aurait peut-être été préférable, mais ce n’était pas l’objectif voulu par les auteurs, qui donnent l’impression d’avoir rattrapé la maigreur du contenu enregistré par un nombrilisme finalement sans grand intérêt.


Trois lectures d’exception
Nouvelle diffusion dans les Nuits de cette lecture enregistrée en public – c’est le principe des Lectures à une voix :
"Nekrassov" de Jean-Paul Sartre par Pierre Brasseur (14-02-1965)
par Michel Polac
réalisation Guy Maxence

Pierre Brasseur joue tous les personnages – autre principe immuable de l’émission –  et avec panache une pièce qu'il domine du haut de sa grandeur, et qui n’en méritait pas tant.

Deux numéros de
Bonnes nouvelles, grands comédiens
par Patrice Galbeau
François Chaumette lit "L'aventure d'un voyageur" d'Italo Calvino (17-08-1971)
réalisation Guy Delaunay  
Claude Brasseur dit "Le bleuet" d'Odette Joyeux (21-08-1971)
réalisation Bronislaw Horowicz
Pour information, Claude Brasseur est le fils d'Odette Joyeux.

Les autres numéros disponibles dans les Nuits ont déjà été répertoriés dans les billets du 7 avril, 8 avril, 2 août, 9 octobre & 20 décembre 2021.

Contenu sponsorisé 


392
Répondre en citant  
Re: Le programme de nuit, îlot de culture (II) -

Le programme de nuit, îlot de culture (II)     Page 39 sur 44

Haut de page ↑   

Aller à la page : Précédent  1 ... 21 ... 38, 39, 40 ... 44  Suivant

Accueil / France Culture

Permission de ce forum:
Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum